Truismes – Marie Darrieussecq

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Nous étions, en famille, en villégiature à Plougastel-Daoulas. Profitant d’une éclaircie dans le ciel breton, nous fîmes ce jour-là un barbecue. La renommée, méritée, de la fraise de ce pays, ne doit pas faire oublier l’excellence des produits charcutiers et il est bon même pour l’âme de s’adonner au plaisir de quelques andouillettes, saucisses, et autres produits locaux.
Occupé au gril, Mon frère Thierry me rappela fort à propos la lecture de « Truismes », de Marie Darieussecq. Nous avions, lui et moi, beaucoup échangé sur cette histoire, surréaliste et un peu glauque, de la narratrice qui se transforme peu à peu en truie.

Le titre est déjà intrigant, le terme « truisme » désignant une vérité évidente, une lapalissade. En regardant la couverture de l’édition de poche, on comprend vite que ce mot prend une autre connotation. Un peu perdue, la jeune héroïne, à qui l’auteure donne la parole, se fait embaucher dans un salon de beauté, lieu peu propice, nous sommes d’accord, aux propos charcutiers. Et pourtant, la jeune femme change de peau, au sens propre : son épiderme devient plus lisse, alors que sa pilosité semble plus drue. Elle constate que ses goûts changent aussi : le jambon l’écœure jusqu’à la nausée. Son emploi évolue un peu dans le massage, la portant peu à peu vers les gracieusetées un peu « cochonnes » qu’elle accorde aux clients du salon. Son goût pour les glands, -la métaphore est facile- qu’elle découvre au hasard d’une bucolique promenade, finit par la mettre à quatre pattes. Maîtresse d’un homme politique aux ambitions présidentielles, elle se met à fréquenter également le patron d’une marque dans le monde de la mode, Loup-y-es-tu, qui finit mal, lui aussi…
Cette histoire un peu loufoque est fort bien menée et tour à tour intrigue, dérange et écœure. L’écriture est délibérément crue. Le récit n’est pas sans rappeler la pauvre vie de « Darling », de Jean Teulé, pourtant plus réaliste, dans son constat de la condition féminine, du statut de la femme trop souvent ramené au corps. L’animalité, souvent réfutée, semble une revendication de l’auteure. D’ailleurs, la jeune femme, victime de cette métamorphose, tente de retrouver un peu de son humanité en s’adonnant à des occupations comme la lecture. Victime d’exclusion, mais désormais désinhibée, elle mesure la violence de la société.

Attablée devant mon andouillette, je faisais part aux convives de mon souci : que proposer à mes lecteurs comme musique en accompagnement de cette charcutaille ? Mon fils me proposa de vous faire écouter Miss Piggy, interprète magnifique de « I’ll survive ».
Bon appétit !

I’ll survive – Piggy

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