Loin de Chandigarh, Tarun J. Tejpal

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Voilà un beau roman d’amour, dans lequel un homme se perd, se cherche. Pendant la lecture de cette oeuvre, j’ai moi-même été un peu déboussolée. J’aime à penser que c’est le projet de l’auteur. Car ce qui peut passer pour un manque de structuration du récit reflète bien l’état dans lequel se trouve le couple que forme le narrateur avec Fizz depuis une quinzaine d’années d’amour intense.Tour à tour rationnel au point d’être sceptique, envahi par ses chimères, proche de la dérive, ce journaliste cherche à percer le mystère de carnets intimes, impudiques, découverts dans sa résidence secondaire de l’Himalaya, loin donc, de Chandigarh. Ces quelques dizaines de carnets, rédigés par une femme du siècle dernier, le bouleversent et l’interrogent jusqu’au harcèlement. L’argument du manuscrit trouvé, souvent utilisé en littérature, sert ici  très pertinemment l’auteur dans sa réflexion sur l’amour et l’humanité. Mais cette lecture détruit le couple, malgré l’amour et la passion sexuelle qui en font le ciment. 

Comme toujours dans les histoires qu’il nous livre*, l’auteur apporte un éclairage sans concession sur les injustices générées par le développement de l’Inde urbaine et rurale, sur le sacré et le consumérisme outrancier,  sur l’héritage de la colonisation, la corruption… Journaliste, il excelle dans les descriptions : restaurants des bords de route, trajets en bus bondés et rencontres inattendues. Loin de Chandigarh, dans cette région de l’Himalaya, la nature campagnarde et sauvage s’oppose au modernisme de la ville* en modifiant les sensations, la pratique des actes quotidiens, de l’amour charnel, très présent dans le récit teinté d’un érotisme que l’on pourrait qualifier de torride si la prose n’était pas aussi élégante, raffinée. Le titre anglais, « The Alchemy of Desire », annonçait sans conteste le questionnement de l’auteur. J’aime aussi le titre français, dans la traduction subtile d’Annick Le Goyat, qui évoque l’éloignement, les oppositions…

*Histoire de mes assassins, La vallée des masques

*Chandigarh, que je me souviens d’avoir visitée il y a bien longtemps, fut construite par Charles-Edouard Janneret, « Le Corbusier ». Ce site,  très important, constituait une expérience urbanistique et architecturale en opposition avec le bâti vernaculaire. Le narrateur juge très sévèrement la réalisation, « …étrange cité minéralisée née de la géométrie et non du dessin… ».  

Pour accompagner cette lecture, quoi de plus sensuel que la musique d’Anoushka Shankar, fille du célèbre Ravi Shankar ? Son album « Rise » est sorti en septembre 2005.

Anoushka Shankar

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