Travail soigné – Pierre Lemaitre

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Comme j’avais, encore une fois, 2320 kilomètres à parcourir en voiture pour aller de chez moi à chez moi, que je prévoyais de le faire seule et que lire au volant, c’est pas sage, je veillai comme d’habitude en pareil cas, à m’équiper en conséquence. Choisi parmi les trop rares ouvrages proposés dans le format audio (je pense toujours à mon ami Samuel, non-voyant, qui a beaucoup de mal à pratiquer la lecture, entre autres activités culturelles), il s’est agi du premier livre commis par Pierre Lemaître. Comme j’avais déjà eu affaire à lui, j’étais assez encline à considérer mon choix comme bon. Cet auteur, on le connaît surtout parce que son livre « Au revoir là-haut » a été récompensé, fort justement à mon avis,  par le jury Goncourt, en 2013. Celui que je tenais dans la main était le premier prix du roman au Festival de Cognac en 2006. 

L’objet en ma possession fut donc introduit avec confiance et délicatesse dès les premiers kilomètres après Nantes dans la fente ad hoc du tableau de bord de mon véhicule ainsi nourri de la même culture que son propriétaire, et nous fîmes connaissance, dans l’habitacle, Raïs (c’est mon chien) et moi, du commandant Verhoeven, 36, quai des Orfèvres. C’est le flic atypique, de très petite taille (145 centimètres !), chauve, nerveux, dur, décidé et malin. Il est appelé sur une scène de crime à Courbevoie, dans un loft. Deux prostituées, assassinées, mutilées avec soin. Aucune piste, aucun indice, sauf une empreinte artificielle, au tampon encreur, qui rappelle une autre affaire non élucidée, à la mise en scène criminelle soignée, dont on s’aperçoit, grâce à un libraire, qu’elle fait référence à un ouvrage de James Ellroy.

Je passais la nuit à Bordeaux, chez une charmante personne. J’avais dû me séparer du lecteur (Jacques Frantz, c’est la voix en français,  de De Niro, s’il vous plait) et devais attendre le lendemain pour reprendre la route. Comme nous nous rendions au restaurant, nous passâmes devant un de ces établissements aux battements de cils tarifés, vitrine opaque noir brillant et rose fuchsia, et je lisais l’enseigne « Le Dalhia Noir ». Je fus très amusée par le hasard qui menait mes pas, ainsi, dans le roman de James Ellroy et qui me rappelait ma lecture en cours.

J’ai repris la route et l’enquête avec le commandant que j’appelais maintenant Camille. Le tueur -car l’hypothèse de départ confirmait qu’il s’agissait bien du même- eh bien, on a décidé de l’appeler « Le romancier ». Je ne sais pas si vous avez lu le livre absolument insupportable d’horreur, stressant, « American Psycho », de Bret Easton Ellis. Le meurtre de Courbevoie s’avère être, après lecture, un copy-cat d’une scène de ce livre… Les auteurs des romans les plus noirs sont ainsi, à partir de là, convoqués avec adresse. Même Madame la Juge a dû renouveler sa bibliothèque.

J’ai compris avant l’heure qui était le meurtrier, et ça m’a un peu agacée, mais la surprise était ailleurs : un retournement littéraire, une mise en abyme adroite et digne d’un grand auteur, m’a retenue jusqu’au but de ce voyage. Magnifique hommage aux auteurs du roman policier, c’est ça, du travail soigné !

Le  morceau de John Cale, « Suicide », que je vous propose d’écouter fait partie de la bande-son du film « American Psycho ». Ma foi, c’est l’occasion.

John Cale -american psycho

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