La mémoire est une chienne infidèle, Elliot Perlman

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Même son avocat ne le croit pas : Pourtant, Lamont n’est pour rien dans cette histoire de vol à main armée. Mais quand même, si ses copains avaient décidé de faire ce coup, il les a quand même aidés, puisque c’est lui qui conduisait la voiture. Comme, en plus, il est noir, du Bronx, même s’il a toujours été un jeune sans problème, il a dû purger une peine de prison. Lorsqu’il sort, il n’a que sa grand’mère pour l’accueillir, et son chargé de probation qui l’envoie travailler dans un hôpital comme agent d’entretien, où il rencontre Henrik, atteint d’un cancer, qui lui raconte sa vie en Pologne, son internement à Auschwitz.

Adam, à quarante ans, est en train de perdre son poste à l’université pour ne pas avoir commis de publication. Il est petit-fils d’émigrés juifs qui durent fuir pour échapper aux pogroms. Dépressif, peu sûr de lui, il rompt avec la femme qu’il aime, Diana. Son père est avocat, défenseur célèbre des droits de l’homme. Son ami Charles, titulaire de la chaire d’histoire dans la même université, milite pour le maintien du poste d’Adam. William, le père de Charles, soumet à Adam un sujet d’étude qui sauvera son poste : ce sont des soldats Noirs qui ouvrirent les portes d’Auschwitz.

Le choix du titre devient limpide lorsqu’on avance dans la lecture. La mémoire d’histoire, dont nous sommes les témoins, les porteurs et les vecteurs, se révèle inconstante, partiale, cruelle et merveilleuse. Elle est le premier personnage du récit : écrite, lorsqu’on retrouve des notes manuscrites abandonnées dans la bibliothèque de Chicago, olfactive, avec l’odeur qui règnait dans le camp de prisonniers, auditive, grâce aux enregistrements de témoignages, au slogan publicitaire qui trotte dans la tête de Lamont.

La mémoire est aussi historique. L’auteur évoque la haine raciale, en parallèle avec l’extermination des juifs, le lynchage d’une jeune fille noire admise dans un lycée pour blancs en 1957, les noirs envoyés de préférence en première ligne parmi les soldats.

Le pauvre Lamont, peu instruit, s’efforce de retenir l’histoire que lui raconte Henrik. Il s’engage auprès de lui pour témoigner mais c’est difficile ; il s’oblige à répéter les mots et les noms étrangers à sa langue. Il a peur de ne pas avoir suffisamment de mémoire.

De New York à Chicago, d’Auschwitz à Melbourne, d’aujourd’hui à hier, Elliot Perman nous oblige à considérer et admettre que notre humanité tourne en rond sur la question des droits de l’homme, de la discrimination, de la peur de l’autre. C’est un roman érudit, qui donne à réfléchir sur ces questions. Grâce à une construction adroite, l’auteur nous emmène jusqu’à une fin magnifique.

C’est un livre difficile, que je n’ai pas lu d’un trait, tant je me suis sentie submergée par les informations et par l’émotion.

 Sammy Davis, né à Harlem, a été enrôlé dans les force américaines pendant la seconde guerre mondiale. Malgré les railleries racistes dont il est victime, il rejoint une troupe de musiciens. « Mon talent, dira-t’il, était une arme, une force, un moyen de défense ». Plus tard, pendant une période d’hospitalisation, un ami lui parle des points communs entre la condition des noirs américains et du peuple juif. Le jeune homme se convertit alors au judaïsme.

« I’m not any one », je ne pas personne, non je suis seulement quelqu’un. Je ne suis pas fait pour les plans qu’on a organisés pour moi. Je ne veux pas être utilisé. Je suis libre. 

 I’m not any one – Sammy Davis

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