Le liseur, Bernhard Schlink

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Michaël a quinze ans. L’adolescence, c’est le temps des questions, de l’impatience. Il découvre, en même temps, le plaisir de la chair et celui de la lecture. Pendant quelques mois, chaque jour, il rejoint Hanna, une femme plus âgée que lui. C’est un rituel : la lecture d’abord, ensuite la douche, puis l’amour. L’enseignement, l’hygiène, l’éducation sentimentale. L’attachement de Michaël pour cette femme grandit à chaque rencontre. Puis elle disparaît brutalement. Des années plus tard, alors qu’étudiant en droit, il assiste à des procès, il reconnait celle qui marqua profondément sa vie. Elle est là, sur le banc des accusés de crimes de guerre. Quelle est l’origine, pour Hanna, de la honte ? Quelles raisons profondes l’amenèrent à la cruauté dont elle fit preuve auprès des détenues des camps ? Michaël découvre les réponses, bouleversé par ses émotions. Devenu un homme, sentimentalement perturbé, il est confronté à la culpabilité d’avoir aimé une criminelle. Comment peut-il prendre sa défense, sans trahir le secret qu’elle garde jusqu’à sa condamnation ? Emouvant, intense, écrit à la première personne, cet ouvrage constitue une reconnaissance de la lecture comme majeure dans l’éducation, dans la recherche de la vérité et la conscience des actes. Les questions suscitées autour de la responsabilité de la tortionnaire zélée que fut Hanna, inculte au point d’être illettrée, sont au coeur du récit. 

C’est un roman d’amour profondément triste, très bien racontée, avec retenue, sans atteindre le pathos malgré la dureté des faits relatés.

La remise en question des fautes et crimes du nazisme est sous-jacente dans tous les ouvrages de Bernhard Schlink, mais ici, il s’agit du procès de l’ignorance et de l’analphabétisme. L’exclusion, la soumission aux ordres, la honte, sont produits de cet état. Oui, l’accès à la culture est fondamental pour la compréhension du monde. Sans aucun doute, l’élaboration d’une conscience ne peut se faire sans. Toutefois, peut-on disculper les tortionnaires et les criminels de guerre en dénonçant leur illettrisme ? On connait des bourreaux aux goûts très délicats ! Le nazisme fut une affaire d’intellectuels, comme le montrent les textes de Chamberlain, de Cèline, et tant d’autres qui en constitue le corpus idéologique.

Nico Muhly signe la bande originale du film réalisé par Stephen Daldry d’après le livre de Bernhard Schlink. Les motifs en boucles, complexes et raffinés, évoquent la mémoire, provoquant une impression de va-et-vient entre les sentiments et les souvenirs. On est proche de la musique de Philip Glass, dont il fut l’assistant.

LE LISEUR – Nico Muhly

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Un commentaire sur “Le liseur, Bernhard Schlink

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  1. Roman qui pose aussi une question : A-t-on le droit de dévoiler le secret d’une personne pour atténuer une peine alors qu’elle-même aurait pu le mentionner ? (ici analphabétisme)

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