Olé !

 

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Au fond du barrio de Santa-Cruz, à Séville, un hangar à charbon, désaffecté, et le monde entier qui se retrouve là, touristes et Sévillans, assis aux grandes tables de bois, sous les tôles, buvant des pichets de sangria fraîche. Une petit eestrade noire (tableo) qui accueille danseurs et musiciens. Pas de programmation, pas de sono, guitare brutale, frappée quelquefois, arrêt du son, et voix flamenca, qui vient de loin, désespérée et rauque ; pas de chorégraphie, du pur, subtil et fort… Vous êtes à la Carbonaria. Ojos y corazones attendent le duende…. Le duende, c’est comme une flaque qui part du tableo et qui s’étend jusqu’au public. Moment de grâce où les regards sont tendus vers les corps des danseurs qui volent en mouvements de hanches, de bras levés, de doigts déliés et claquants, qui frappent le sol d’entrechats complexes, où le chanteur, transporté, semble n’écouter que lui-même, dans ses propres échos intimes,  échappant en contrepoints aux accents de la guitare harcelante, pluie de modalités, d’arpèges… jusqu’à l’arrêt brutal. On ne bisse pas, la répétition est impossible, de ce spectacle improvisé, hostile à toute graphie.

Je suis une gitanophile romantique. Que m’importent tous les débats autour de cette musique, tour à tour qualifiée de pauvre, violente et brute, et même vulgaire, analphabète et immonde, ou de virtuose, authentique, poétique, et intelligemment antiacadémique. J’ai bien compris qu’elle trouve son origine dans les cultures musulmane, juive, andalouse, indienne, et je retiens avec reconnaissance que ce sont les Gitans qui l’ont amenée jusqu’à mon ravissement. Le flamenco, parfumé de cultures arabes et juives, fut banni sous la dictature de Franco*. Paco Lira, le propriétaire de la Carbonaria, soumis à la pression de la censure franquiste, dut déménager plusieurs fois avant de s’installer dans l’ancien dépôt de charbon. Son frère, qui s’était adonné à cet art méprisable et condamnable, a fini dans un camp. Alors lui, Paco, ne danse pas. Il a favorisé en ce lieu un esprit libertaire, défenseur du chant sans concession, ouvert aux expériences du flamenco rock. Petit territoire de résistance artistique et intellectuelle sous Franco, la Carbonaria est ouverte à tous ceux qui, comme moi, aiment, font vivre et respectent le flamenco.

Olé !

* qui n’hésita pas, schizophrène et paranoïaque, à s’en servir pour attirer le tourisme ! Toutefois, les spectacles organisés dans ce but, aux musiques et chorégraphies contenues, pouvaient se considérer comme folklore. Dans les années 50, les gitans, revendiquant un type de flamenco authentique, luttant pour sa pureté, furent contraints à la clandestinité.

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