Jim Thompson, tisseur de mystère

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Qui est Jim Thompson, disparu mystérieusement en Malaisie en 1967 ? Aventurier, amateur d’art, bienfaiteur ?

L’homme naît en 1906 dans le  Deleware, aux Etats-Unis. Il fait de brillantes études à Princeton, puis, après avoir voyagé,  ouvre une agence d’architecture à New York. Engagé dans l’armée en 1941, il devient agent secret de la CIA. Après la défaite allemande, il est conseiller militaire de l’ambassade des Etats-Unis à Bangkok. Il se passionne pour la Thaïlande, s’y fixe, devient propriétaire d’un grand hôtel.

L’industrie de la soie, dans ce pays, est alors en déclin, victime de la concurrence des produits européens et japonais, moins chers. Jim s’intéresse à ce métier d’art en difficulté, souhaite le promouvoir. Il rencontre en 1947 Edna Chase, éditrice de la revue « Vogue », et lui présente des échantillons de soie thaïe. Séduite par leur qualité, Edna persuade les couturiers newyorkais de créer des modèles. C’est un succès. La « Thaï Sylk Compagny » est fondée et prend peu à peu de l’envergure, se met à exporter. Des plantations de muriers s’implantent au nord du pays. En 1960, l’entreprise compte 200 tisserands.

Collectionneur, notre homme visite les villages, s’intéresse à l’art, achète tableaux, sculptures, laques, poteries, cristaux… Pour contenir ces trésors, il fait construire une maison à partir de plusieurs petites habitations de tek, traditionnelles, transportées depuis la région d’Ayutthaya, remontées et réunies sur un terrain à Bangkok, au bord d’un canal. Il ajoute des corridors, escaliers, salles de bains, en fait une demeure magnifique qu’il entoure d’un jardin tropical, qu’il pare d’un bassin où évoluent des carpes de toutes couleurs.

En 1967, Jim Thompson a 61 ans. Fatigué, surmené, il est invité à venir se reposer chez des amis, en Malaisie, dans leur chalet des Monts Cameron., loin de la chaleur étouffante. C’est là qu’il disparaît, en ce dimanche après-midi du 26 mars. Ses amis le voient pour la dernière fois, allongé sur la terrasse. Le soir, avant le dîner, ils le cherchent. Il a laissé, près de la chaise longue, un livre inachevé, ses cigarettes, des pilules… Dans sa chambre, le lit n’est pas défait,  sa valise et ses affaires sont là.  On ne le reverra jamais. Plus tard, sa sœur est elle-même retrouvée morte et marquée de coups dans sa propriété de Pennsylvanie. Son bureau a été fouillé mais on ne lui a rien volé.

L’année dernière, j’ai rencontré Jim Thompson. Croyez-moi, il était là, dans sa maison protégée du bruit et de la cohue de Bangkok, dans ce quartier aux immeubles commerciaux, cette magnifique maison devenue musée, exemple d’architecture thaïe traditionnelle*. Je me suis promenée avec cet homme élégant et courtois dans la luxuriance du jardin ; il m’a offert une fleur de gardénia, m’a retenue lorsque je me suis penchée au dessus du bassin pour voir les carpes aux brillances colorées. Dans l’ombre calme du salon, de la salle à manger où se dressait un couvert, il m’a parlé du village dans lequel il avait trouvé cette poterie, il m’a raconté quelques bonnes histoires de voyage et m’a fait quelques confidences à propos d’une jolie statue de bronze. Oui, j’ai eu la chance de passer en compagnie de ce créateur de beauté, amoureux de la Thaïlande. Cet hôte mystérieux m’a quittée au seuil du pavillon des esprits, dans les odeurs d’encens. Moi, j’ai prolongé la visite de ce havre de sérénité, suis passée à la boutique où de magnifiques objets de soie gardent sa signature, et j’ai profité d’un excellent déjeuner au restaurant installé dans le jardin.

*Une fondation Jim Thompson a été créée en 1976 par l’administrateur de ses biens. L’ensemble des collections est enregistré au patrimoine national.

 

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