Chanson douce, Leïla Slimani

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Choc ! et ça, dès la première scène. De crime. Le paradoxe saisissant entre ce titre  et le ton du départ, on s’en doutait, on était prévenu, donne la note. Pas de biche, pas de chevalier, on repassera ! Le conte est cruel et le tableau horrible, sordide. Le cri de la mère déchire la tranquille après-midi de mai. Hurlement, devrais-je dire, d’animal blessé. C’est féroce, terrifiant.

A partir de là, le récit, dépouillé, factuel, démonte avec force détails le mécanisme fou de le la dégradation, de l’aliénation morale et sociale, de la peur viscérale ressentie par Louise, la nounou pourtant idéale et irremplaçable dont on n’aura bientôt plus besoin. Celle à qui les parents ont tout délégué du domestique et de l’éducation, celle qui, peu à peu, prend tous les pouvoirs, sauf un : celui de faire partie de la famille. Elle qui s’y love, pourtant, comme une petite fée du logis, une Marie Poppins, dira-t’on, sans égale tellement l’appartement est propre, rangé, fleuri, sentant les bons petits plats… Blanche, française, sans enfant, sans mari, tirée à quatre épingles, la perle rare, quoi. Mais la comptine, si légère, de temps en temps s’alourdit de contretemps. Le climat, pour le lecteur qui connaît l’issue de l’histoire, devient peu à peu malsain, pervers. Le malaise s’installe dans l’appartement, déplace les frontières entre le service et l’intimité, entre l’employée domestique et les patrons.

Par certains aspects, ce récit m’a rappelé le film de Claude Chabrol « La cérémonie », adaptation du roman « L’analphabète », de Ruth Rendell, et aussi à la pièce de Jean Genet, « Les bonnes ». Les mêmes ingrédients, qui augurent que tout ça finira mal. Et c’est cette certitude, d’ailleurs, qui fait naître l’angoisse, dans ce type de scénario. Rapports de domination et d’argent, violence sociale, besoin de reconnaissance, frustration et humiliation, sont en fait les vrais sujets de ce récit ciselé avec adresse en chapitres courts, en un rythme soutenu. Juste des faits, des sentiments décrits précisément, sans concession ni apitoiement.

En reposant le livre, je me suis demandé si l’on pouvait attribuer à la société, comme semble le faire l’auteure en filigrane, la responsabilité de la folie qui amène Louise au meurtre ? Louise n’est-elle déjà pas déséquilibrée, et, de ce fait, sujette à l’exclusion ?

La lecture va faire peur aux parents décidés à se consacrer à leurs vies professionnelles, à ceux qui épluchent les annonces pour recruter une nounou. A déconseiller en pareil cas, ce Goncourt mérité mais dérangeant.

Bernard Lavilliers chante « Le loup, la biche et le chevalier », chanson douce de Monsieur Henri Salvador.

Bernard Lavilliers – Une chanson douce

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2 commentaires sur “Chanson douce, Leïla Slimani

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