Le soleil des Scorta, Laurent Gaudé

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La famille Scorta est condamnée à l’excécration publique de Montepuccio, petit village des Pouilles. Fière, toutefois, car sa richesse matérielle réside dans le petit bureau de tabac, créé grâce à l’argent venu d’Amérique. Certain de ne jamais devenir riche, on y partage, pourtant, un héritage d’autre nature, fait de souvenirs de petites et grandes joies, de secrets plus lourds qu’il faut bien confier avant de disparaître.

Le récit sent les olives qui mûrissent au soleil, les tomates séchées, la terre craquelée et brûlante, les parfums de la mer.  L’ambiance aux couleurs chaudes est sensuelle et tendue, alourdie par le poids de l’héritage familial, celui de la peur de l’oubli, de l’approche de la mort qui oblige à se libérer des secrets. Carmela, l’aïeule, porte en elle tout ce que doivent les Scorta à cette terre, la garantie de la pérennité de ce nom prononcé pourtant à voix basse, emportant à sa suite une bien terrible réputation depuis quelques générations.

Pas d’effets stylistiques dans l’écriture de Laurent Gaudé ; pas de superflu ; les phrases simples et courtes servent admirablement le sujet. C’est réaliste, saisissant, pour une belle réflexion sur la vie et la mort, le passage de souvenirs, la trace que l’on laisse sur terre et la solidarité familiale. De magnifiques descriptions des paysages de cette région d’Italie si aride et si belle, des scènes familiales, images de ce clan uni et craint pour sa violence et son orgueil, sa solidarité. Les paroles, rares, pèsent et résonnent.

Un siècle de vie, deux cent cinquante pages avec le clan de Scorta, sang, sueur et malédiction, c’est peut-être trop peu. L’auteur, visiblement, n’a pas souhaité écrire une saga, délaissant le genre pour une ode à cette région où il réside, une série de portraits humains, rustiques, empreints de fierté, de crainte, déterminés à servir leur famille à tout prix, assermentés par la parole sacrée. En décrivant ainsi la vie difficile des Scorta, il dénonce le règne de l’argent, les cruautés engendrées par l’immigration clandestine, celles de l’opinion publique, véhiculée et subie par les habitants de village, les effets dévastateurs des superstitions et de l’obscurantisme.

Cela méritait bien un Goncourt, décerné en 2004. Et une petite tarentelle. Cette danse est censée guérir des morsures de tarentule. La danse doit plaire à l’araignée qui acceptera ainsi que son venin s’en aille.

Tarantella

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