Cannibales, Régis Jauffret

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Cher Régis, (ou devrais-je vous appeler Geoffrey ? ),

Je viens de rompre avec votre fille Noémie. Elle m’a fichue une de ces frousses. Vous l’avez bien mal élevée, celle-là. C’est bien simple, elle tient de vous.  On le sait, la bonté vous exaspère, vous prétendez à l’envi que la méchanceté est un signe de bonne santé, depuis quelques décennies vous vous attaquez d’une dent dure aux bons sentiments et à quelques uns de vos congénères (Edouard Stern dans « Sévère », DSK dans « La ballade de Rikers Island »…).

Toujours est-il que j’ai dû briser là ma relation avec votre folle rejetonne la nuit dernière. Non que je sois végétarienne, je serais plutôt gastronome, et je n’ai rien, a priori, contre un barbecue de temps en temps, mais j’en étais à craindre de finir moi-même sur le grill avant d’avoir lu toute la correspondance de votre Noémie avec son ex-belle-mère. Parlons-en, aussi, de cette vieille folle bien déjantée, le nez dans la coke et les yeux perdus au delà de la plage de Cabourg.  Je n’ai pas de goût pour la mousseline montée à la moelle d’architecte, fut-elle servie avec ses fesses saisies au beurre dans une sauteuse.

OK, j’avais compris, je t’aime, je te mange. Oui, l’amour peut être violent, destructeur. N’y a t’il pas, dans l’amour, le désir de consommer l’autre ? L’amour n’est-il pas carnivore ? C’est surtout que fusionnel, il porte en lui la destruction de l’autre. Votre Noémie projette de détruire ce qu’elle aime, elle veut consommer son amant et cette passion dévorante réduit bien entendu l’être aimé à l’état d’objet. Votre récit est morbide, cet amour n’est que souffrance. Noémie et sa folle belle-mère se trompent toutes les deux : aimer vraiment, c’est le contraire de se nourrir de l’autre, aimer, ce n’est pas consommer.

Les échanges épistolaires des deux hargneuses sont délirantes, salaces, et les métaphores les plus exaltées s’échappent d’enveloppes parfumées à la férocité.  C’est bien sûr assez déroutant, et de métaphores en bouffonneries culinaires, j’ai bien failli me lasser de cette correspondance, mais je suis allée jusqu’à la dernière ligne, car vous mîtes, cher Régis, beaucoup d’importance à l’élégance du langage. Je dirais même, que ce fut au détriment de l’intrigue, car la fin m’a laissée… sur ma faim.

La-dessus, je vous envoie une petite chanson d’amour cannibale, qui se prend nettement moins au sérieux, qui vous fera peut-être sourire ? (ça m’étonnerait, ça ne paraît pas dans vos habitudes). Haïdy était, avec Helena Lemkovitch, une des « Hollywood Bananas ». Lou & the Hollywood Bananas ont accumulé pas mal de succès fin des années 70 et 80.

Amour cannibale -Haïdi

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