L’illusionniste, Hari Kunzru

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Agra. La cité est pleine de vie, et pourtant, elle est placée sous le signe de la mort. C’est la faute des Moghols qui se préoccupaient tant de ce qui se passe dans l’au-delà. Je me souviens avoir découvert, à la sortie de la boucle tranquille de la rivière Juma, le Taj Mahal éclatant de blancheur magnifique s’encadrant parfaitement dans la porte du Fort Rouge. Cette merveille, mélancolique témoin du deuil de Sha Jahan, érigée à la douleur, étend l’ombre de la mort sur la ville. C’est là que naît et grandit Pran Nath, notre illusionniste, chez son père adoptif, avocat, qui malheureusement meurt trop tôt. Le jeune Pran est jeté à la rue par la famille. Ses pas le conduisent au harem du roi de Fathepur où il est détenu par des eunuques, habillé en fille pour être livré aux penchants pédophiles d’un major anglais. Il réussit à s’enfuir au cours d’une chasse au tigre, échoue chez un proxénète, s’enfuit et part à Bombay. Recueilli par des missionnaires écossais, il est rebaptisé Bobby. Alors que la mission prend feu, Bobby usurpe l’identité d’un jeune Anglais et décide de vivre sa vie. J’arrête là, sinon…

L’odyssée épique, délicieusement exotique, du jeune garçon en quête d’identité (on le serait à moins !), fait voyager le lecteur des rues d’Agra, des bas-fonds du cosmopolite Bombay, à Oxford, et même en Afrique occidentale. C’est drôle, baroque, et l’on devine que l’auteur a déposé ici tous les rêves et toutes les désillusions d’un jeune métis promis à une vie vagabonde, condamné, pour survivre, à changer de nom et de genre, tentant de répondre aux questions universelles de la recherche d’identité et de la force que l’on a, malgré les coups, l’asservissement, l’humiliation. Parce qu’il existe dans chaque être, dans les épreuves,  ce que l’on pourrait appeler « l’essence de soi », noyau de la survie. Comme la part de l’origine, de la tribu même, est gravée dans notre personnalité profonde, comme on ne peut se défaire de son passé, cette quête est naturellement tragique, dans une société où l’identité se définit souvent en termes de race et d’ethnie, surtout dans les pays que notre héros visite, Inde, Angleterre, Afrique.

Hari Kunzru, Anglo-Indien, est né en 1969. Il a commencé sa carrière en collaborant au Guardian et au Daily Telegraph. L’illusionniste est son premier roman, couronné immédiatement par le prix Sumerset Maughan en 2003. Ainsi promu tambour battant, il fut considéré comme l’un des meilleurs jeunes romanciers anglais. Depuis, il a écrit, je pense, quelque quatre ou cinq ouvrages, dont le dernier, « Dieu sans les hommes », que je n’ai pas encore lu. « L’identité est toujours le produit d’une négociation, fruit des accommodements entre la nécessité sociale et les racines »,  explique cet auteur qui a bien évidemment beaucoup puisé, pour ce premier roman, dans sa propre expérience d’enfant de mariage mixte. De père indien et de mère anglaise, Kunzru a grandi en Angleterre,  subi le racisme et le rejet très jeune.

On pourra écouter, pour illustrer le propos de Hari Kunzru, la chanson de Maxime Le Forestier.

On choisit pas ses parents,
On choisit pas sa famille
On choisit pas non plus
Les trottoirs de Manille
De Paris ou d’Alger
Pour apprendre à marcher

Né quelque part – Maxime Le Forestier

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