Des lézards dans le ravin, Juan Marsé

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Des lézards, il y a ceux que chassent les deux amis, Paulino et David. Mais, comme on dit en français, en tout cas, il y a un lézard, c’est sûr. Victor est parti. Il a fui la police, dit-on, puisqu’il est plutôt libertaire et que, dans l’Espagne de Franco, quand on est du mauvais bord, on s’expose à de sérieux ennuis avec les forces de l’ordre. Dans le quartier de Guinardo, à Barcelone, l’épouse de Victor, Rosa, désormais sans ressource, tente de mener à bien une grossesse difficile et l’éducation de son fils David. Désormais seule, elle doit faire face aux questions de l’inspecteur Galvan dont les visites ne sont pas que professionnelles. Mais la flamboyante rousse affirme ne rien savoir et, de plus, se dit toujours très amoureuse de son mari. David, adolescent, ne supporte pas l’inspecteur. Il vient de se faire renvoyer du collège, préfère passer ses journées chez un photographe, ou avec son ami Paulino, errant dans ce fameux ravin, chassant les lézards pour les priver de leur queue. Quand il est seul, son esprit vagabonde entre réalité et affabulation. Il rêve la vie de son père, lui invente une fuite glorieuse, passeur en Pyrénées ou du côté de Gibraltar, aidant fugitifs et résistants. Il le dépeint tantôt en héros, tantôt en être faible et alcoolique. S’il a disparu, est-ce vraiment pour fuir la police ? Est-ce pour fuir le foyer ? C’est ainsi que Juan Marsé utilise ici l’imaginaire, le rêve, pour dévoiler peu à peu la vérité sur le fuyard. L’histoire est vue tour à tour par David, par le bébé qui va naître, puis, six années plus tard, par l’enfant qu’il est devenu.

Ce récit est, comme d’habitude dans les romans de cet auteur, une peinture du milieu populaire espagnol, la vie des petites gens sous la dictature, dans un pays déchiré par la guerre civile.

Un très beau roman sur l’enfance, sur les rêves des êtres qui grandissent et se construisent en étant confrontés à de pénibles et tristes réalités. Dur, violent et assez éprouvant, il est aussi désespéré, à l’image des personnages et de l’époque franquiste. L’auteur, cédant à son habitude, fait référence, dans la narration, à des événements survenus dans d’autres de ces livres, comme des échos, rappelant au lecteur qu’il est catalan, qu’il écrit sur sa ville de Barcelone où il est né en 1933, où il a commencé à travaillé à l’âge de treize ans. Car il se souvient et parle essentiellement dans son oeuvre des quartiers pauvres de la cité catalane, fut d’ailleurs censuré pour son titre « Si te dicen que cai »,  de 1973, adapté au cinéma par Viventa Arenda. « Les lézards dans le ravin » fut édité en 2001, traduit en Français par Jean-Marie Saint-Lu.

Pour accompagner ce récit, je vous invite à écouter Joan-Manuel Serrat surnommé « el noi de Poble Sec », (le gars de Poble Sec), qui rend un hommage au quartier très populaire de Barcelone où il est né, où il a passé sa jeunesse.

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