L’ancre des rêves, Gaëlle Nohant

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C’est comme ça. Les fils Guerindel n’ont pas le droit d’approcher le bord de l’eau. Leur mère, Enogat, qui déteste l’océan, l’interdit. Est-ce pour cela qu’ils font des mauvais rêves ? Benoît, l’aîné, rêve du jour où il quittera sa famille, il n’en peut plus de cette interdiction qui lui pèse, du devoir de veiller sur les trois autres, et des cauchemars de ses nuits qui le mènent sur les champs de bataille de la Grande Guerre. Lunaire, le deuxième, se bat, dès qu’il ferme l’oeil, avec des marins morts-vivants sur le pont des Terre-Neuvas, Guinoux tente de sauver une fillette de la noyade. Le plus petit, Samson n’est pas épargné. C’est la nuit que les terreurs surviennent, héritages angoissants que sont ces scènes de naufrages et de guerre, car se sont bien les ancêtres qui visitent la famille avec de bien lourds secrets qui émergent des histoires sombres de marins perdus. Le père, Erwan, est très pris par son travail, la restauration de l’église de Saint-Pierre de Plesguen. Les accès de mélancolie de ses fils, les terreurs nocturnes, il se dit que ça passera, que c’est normal, à l’âge qu’ils ont. D’ailleurs, pendant la journée, les enfants ont une vie normale.

On essaie de comprendre, lisant ce roman étrange, fantastique, qui sied si bien à la Bretagne, de relever le moindre indice qui pourrait expliquer la terreur éprouvée par les jeunes garçons. De nombreux personnages interviennent. On découvre peu à peu les liens qui les unissent. Entre le présent (nous sommes en 1985) et le passé, Ebenezer, le passionné archiviste, Ardélia, qui se souvient, gardiens tous deux de la mémoire des Guérindel, aident le lecteur à percer le mystère des visites nocturnes si angoissantes.

Bien sûr, dès les premières pages, les pragmatiques, refusant cette exploration des rêves, l’idée que nos ancêtres sont capables de nous agacer les orteils pendant notre sommeil, conseilleront les parents, Enogat et Erwan, de prendre rendez-vous chez le pédopsychiatre au plus vite ou de déménager loin de la côte. Et puis, les histoires un peu bizarres sur les légendes bretonnes, c’est juste bon pour lire sur la plage, n’est-ce pas ?  Cela dit, on pourra apprécier l’écriture très inventive, poétique, de Gaëlle Nohant, qui donne un éclat à la côte armoricaine, soumise, dans ce récit plus que jamais, au  brouillard et à la tempête. Car, abordant le fantastique sans tomber dans le surnaturel, elle réussit à créer une atmosphère inquiétante qui renvoie le lecteur à ses peurs d’enfant.

Née à Paris en 1973, Gaëlle Nohant au nom bien breton vit aujourd’hui à Lyon. L’Ancre des rêves, paru en 2007 chez Robert Laffont, a eté récompensé par le prix Encre Marine.

Erwan Guerindel, lui, écoute Dire Straits, dans sa voiture. Il adore, comme vous et moi, la guitare basse de John Illsley, et la voix de Mark Knopfler, dans ce titre sorti en 1985.

Dire Straits – So far away

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