Les disparus, Daniel Mendelsohn

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Vous aurez été prévenus, c’est six cent cinquante pages. L’ouvrage, édité en 2007, est le  récit d’une enquête menée par l’auteur qui s’avère longue et semée d’embûches. Depuis son enfance, Daniel Mendelsohn sait que son grand’oncle, sa femme et leurs quatre filles ont été tués, quelque part dans l’est de la Pologne, en 1941. On en ignore les circonstances. Découvrant des lettres désespérées, adressées en 1939 par cet oncle à son frère alors installé en Amérique, dans lesquelles il demandait de l’aide pour partir, restées sans réponses, il décide de partir sur les traces de Shmiel. Il veut donner un visage à ces disparus, alors qu’il s’apprête à devenir père. Année après année, il parcoure le monde d’Ukraine en Australie, du Danemark en Israël, marchant dans les pas de Shmiel, rencontrant ceux qui disent, qui affirment, qui nient avoir connu cette famille. Mais sont-ce les mêmes, ces Ukrainiens, ces réfugiés d’Australie, ces exilés au bout du monde, qui l’accueillent si chaleureusement aujourd’hui, que ceux d’hier, amis, résistants, miliciens ? Il ne veut pas juger. Il s’efforce de s’en tenir à la recherche. Mais on ne lui dit pas tout. D’ailleurs on ne sait pas tout. Mais où est la vérité ? Les témoignages recueillis sont des histoires qui, après tant d’années, ont subi des altérations, des confusions et des erreurs. Alors, comment faire la différence entre rumeurs, manipulations, évocations sentimentales, récits rancuniers ? La mémoire joue des tours, on élimine des faits et des détails. Le narrateur, lui même prisonnier du temps et des lieux, des circonstances, reçoit la parole et l’interprète selon sa personnalité. Cette reconstitution de son héritage affectif donne parfois lieu des accès de ravissement, des émotions. L’auteur découvre que ces disparus ne sont pas seulement des morts comme tant d’autres sacrifiés de la barbarie nazie, comptés dans un tout. Ils vivaient quelque part, dînaient en famille, jouaient d’un instrument, se disputaient, cultivaient un jardin…

D’espoir en désespoir, Daniel Mendelsohn écrit une oeuvre puissante et émouvante sur le passé perdu de sa famille, entre épopée tragique et récit intimiste, et même avec quelques traits d’humour. Encore un livre sur la Shoah ? Pas seulement. Un document littéraire qui apporte une réflexion sur l’héritage culturel, la parenté, la transmission des rituels et des mots. Jusqu’au souvenir des goûts, des ressemblances physiques qui troublent. Car le petit Daniel ressemble à cet oncle que l’on préfère oublier, dont on ne parle plus. C’est d’ailleurs ce silence, ces non-dits qui poussent l’auteur à mener cette recherche, qui attise sa curiosité, qui forge sa détermination.

Le recours, dans le récit, à des passages de la Bible, est pertinent, explicitant, de manière philosophique, l’absolution, le pardon et le reniement, apportant un éclairage, une réflexion d’humanité sur la mémoire, sur le bien et le mal, l’identité et la communauté, le poids de la vie.

Une plongée dans l’histoire et l’oubli.

La musique du film d’Alain Resnais, Nuit et Brouillard, a été écrite par le compositeur germano-autrichien politiquement engagé Hanns Eisler. Ce documentaire est un mélange d’archives en noir et blanc et d’images tournées en couleur. Le texte de Jean Cayrol est dit par Michel Bouquet.

Hanns Eisler -Nuit et Brouillard

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