L’ampleur du saccage, Kaoutar Harchi

th

Arezki vit depuis trente ans comme un reclus ou à peu près, dans un immeuble de la banlieue parisienne. Elevé par Si Larbi, chauffeur routier, il est hanté par la question de ses origines, et par son envie des femmes. Il se drogue pas mal. Un soir, il décide de sortir et descend de sa tour, rejoint les lumières de la ville, et commet un acte irréparable. Alors qu’il s’apprête à passer les prochaines années dans une cellule, le directeur de la maison d’arrêt, Riddah, l’aide à s’enfuir. Il est accueilli chez Ryeb, un policier, dont la mère vient de mourir. Les quatre protagonistes, vous l’aurez remarqué, viennent des mêmes terres lointaines, racines de leur culture, sources de leurs fantasmes, de leurs rêves lumineux. Ils projettent de traverser la Méditerranée, guidés par Nour, mystérieuse figure tentatrice quasi mythologique. Nous sommes en 1954, au début de l’embrasement de l’Algérie pour son indépendance. L’histoire de ces hommes croisent donc la grande histoire.

Kaoutar Harchi se glisse dans les pensées des hommes, écrivant au masculin à propos du viol, notable paradoxe qui surprend et qui transforme l’histoire sordide en un récit poignant. Le thème de la frustration sexuelle, des carences affectives, déjà abordé dans son premier roman « Zone cinglée », avec les dégâts qui en sont les conséquences, constitue le fond du problème. Elle ne cherche pas à minimiser l’acte d’Arezki, mais essaie d’en comprendre les origines.

D’une plume remarquable, mais néanmoins très poétique, avec l’adresse d’un metteur en scène, la jeune romancière parvient, à partir d’un fait divers, à faire émerger, dans les dernières pages, une vérité douloureuse et tragique, point de départ des maux qui relient Riddah, Ryeb, Si Larbi et Arezki.

C’est un roman triste, beau et intense, de détresse et de souffrance, d’hommes sans espoirs torturés par le remord.

Je suis certaine que les quatre hommes écoutaient la même chanteuse, en 1954. C’est Sultana Daoud, plus connue sous le surnom de Reinette l’Oranaise, née en 1918 à Tiaret. Aveugle, à l’âge de 26 ans, elle commence une carrière de chanteuse et, en 1954, se produisait sur Radio-Alger qui diffusait les meilleurs artistes du répertoire arabo-andalou.

Reinette l’Oranaise

is (6)

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :