Luz ou le temps sauvage, Elsa Osorio

is (9)Vingt ans de vie, mais vingt ans de mensonges. Elle est née au plus sombre des années argentines, celles des temps sauvages, entre 1976 et 1983, entre coup d’état militaire et élections démocratiques. Pourtant, les parents qu’elle se connaît lui offre ce prénom, Luz, lumière et vérité, paradoxal baptême.

Comme on connaît la fin dès le début, on reconstitue l’histoire de Luz lorsqu’elle la raconte, en 1996, dans un café de Madrid, à celui qui est peut-être son vrai père. Sa mère, prisonnière politique, a été exécutée dès sa naissance. La fille adorée d’un dignitaire de la junte, Mariana, venait d’accoucher d’un garçon mort-né et sombrait dans le coma. Pas étonnant qu’elle se soit réveillée avec, dans les bras, la petite fille bien vivante qui s’appellera Luz.

Luz devient une adolescente rebelle. D’incessants affrontements avec sa « mère », cette femme qui ignore tout, les attitudes de son grand-père général, campé sur ses certitudes politiques, qui méprise son gendre tourmenté par le remord, tout donne envie à la jeune fille d’ouvrir les yeux sur la réalité du régime, sur les exactions commises pendant les années noires, les meurtres d’opposants et les enlèvements d’enfants. A vingt ans, elle rencontre l’amour de Ramiro, dont le père a été tué par les militaires. Alors qu’elle devient mère à son tour, Luz ressent de plus en plus de doutes sur ses origines, pressent la spoliation dont elle fut la victime. Avec l’aide de son mari, avec celle de Myriam, ancienne prostituée, mariée à un homme de main très dévoué, des plus cruels, elle enquête avec rage et acharnement, découvre qu’elle est la fille d’une disparue. Mais il se révèle dangereux de vouloir découvrir la vérité. mortellement dangereux.

L’éclairage sans complaisance sur ces années d’oppression, apporté par Elsa Osario, reconstitue l’histoire de bébés volés par la dictature au profit de parents stériles très aisés. C’est ainsi que beaucoup d’enfants de prisonnières torturées et tuées grandirent dans le milieu très protégé de la dictature, dans l’ignorance.

Le récit est un hommage aux Grands-Mères de la Place de Mai, à Buenos Aires, association qui, depuis 1977, rechercha pendant longtemps les bébés volés à leurs filles tuées afin de reconstituer leurs filiations. Le récit se lit comme un thriller, même si on connaît la fin. Bien qu’il s’agisse d’un roman, c’est l’histoire réaliste d’une injustice effroyable, des crimes perpétrés par des généraux tortionnaires accordant peu de cas à la vie humaine, certains de leur impunité.

Ecrit en 2002, A veinte anos, Luz a été traduit par François Gaudry. Elsa Osorio, activiste des droits humains, lutte contre les pouvoirs en place qui décrètent des amnisties générales sous prétexte de sauver la paix, entravant le travail de mémoire nécessaire. Elle refuse d’oublier le temps sauvage de la peur. Le mode de narration très original, la construction un peu déroutante (voix et périodes mêlées), l’issue de la quête connue dès le début, confèrent à ce récit une tension permanente. Je l’ai lu pour le bonheur d’une belle écriture et pour la mémoire de l’horreur subie par le peuple argentin.

Mercedes Sosa chante « Como un pajero libre » (comme un oiseau libre) en 1983. Lors d’une représentation, en 1979, elle est arrêtée. Elle réussit néanmoins à fuir le régime dictatorial, s’exile à Paris, puis à Madrid. A son retour en Argentine  elle organise un grand concert à l’Opéra de Buenos Aires. Elle a été consacrée « citoyenne d’honneur de Buenos Aires ».

Libre comme un vol libre d’oiseau, tu as grandi en moi pendant neuf mois, mon fils que j’ai attendu. Maintenant, il suffit d’ouvrir un journal où je cherche ton nom…

Mercedes Sosa – Como un pajero libre

is (7)

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