Retour à Cayro, Dorothy Allison

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Délia est partie. Laissant ses deux petites filles, dont une âgée d’à peine un an. Oui, oui, je vous entends déjà pousser des hauts-cris : « Comment peut-on ? », « C’est pas joli-joli », « On n’abandonne pas ses enfants », et pire, avec tous les mots que l’on jette dans ces cas là. Je sais, cela m’est arrivé de juger ainsi, à l’emporte-pièce, une qui n’en pouvait plus. Vous le saviez, que son mari alcoolique la battait ? « Non ? », « Mais quand même… », « Elle buvait pas, elle, peut-être ? » Et si vous saviez, en plus, à propos de Délia, qu’elle est partie avec un chanteur de rock, alors là, vous allez vous en donnez à coeur joie ! Vous aurez réussi, parce que son départ n’aura rien changé à sa vie. Le rocker va se tuer à moto, comme dans la chanson de Piaf, plus rien du blouson de cuir noir avec un aigle sur le dos, plus rien des bottes. L’égérie du groupe, celle que l’on confondait avec Janis Joplin, que fait-elle ? Finis tournées, concerts, et retour à Cayro, à la case départ, et en plus avec une troisième fille, ado, pas qu’un peu remontée contre sa mère, comme souvent à cet âge-là, vous savez-bien. Comment, dans ces conditions, pourra-t’elle repartir à zéro, vous faire admettre, vous qui l’avez si vite jugée, qu’elle a changé ? Pas si bête, Délia se pose la question pendant le voyage de retour, traversée des Etats-Unis d’une traite ! Cayro est un bled paumé où c’est le pasteur qui régit tout, les âmes, et les opinions. Délia, en piteux état il faut bien le dire, fait le pari de recomposer une sorte de famille avec ce qu’il en reste. Rancœur et haine des deux premières filles, haine de la troisième, mépris des autres, (vous et moi), elle doit retrouver sa famille et sa dignité.

C’est, vous l’aurez compris l’histoire d’une anti-héroïne, alcoolique aux penchants bien égoïstes, sans regards en arrière jusqu’au jour où elle décide prendre le contrôle de sa vie, que je vous propose de partager. C’est une ode féministe, un plaidoyer en faveur d’une femme devenue forte, qui assume ses choix, qui prend sa part de responsabilité au terme d’une longue descente aux enfers.

Si vous aimez les road-movies, le rock et la moto, la bonne littérature américaine et si vous souhaitez réviser le jugement que vous aviez pour Délia, lisez donc ça !

On doit ce récit de 1998 à une féministe convaincue, née en 1949, auteur de l’Histoire de Bone, autobiographie qui traite de son enfance très difficile dans une famille incestueuse. Parvenue, malgré ses débuts difficiles, à faire des études d’anthropologie, Dorothy Allison s’est alors mêlée à des groupes féministes et lesbiens dans lesquels elle a trouvé engagement et identité. Elle milite, de plus, pour le développement de la littérature comme moyen d’expression des opprimés.

C’est l’occasion d’écouter Janis Joplin, tiens donc. Trop beau, rien à ajouter aux paroles: Cry baby, cry baby, cry baby, Honey, welcome back home. I know she told you, Honey I know she told you that she loved …

Cry, baby – Janis Joplin

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