Soie, Alessandro Baricco

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Sensuelle, délicieuse, d’une extrême lenteur, la lecture de ce court récit, histoire d’amours rêvées, de voyages lents, du temps immuable, vous fera suivre Hervé Joncour, parti vers le Japon afin de sauver la production de l’extraordinaire tissu. Les élevages des précieux vers sont contaminés par une épidémie qui détruit les oeufs. La ville entière, vivant de cette industrie, court à la faillite. L’action se passe au XIXème siècle, et le voyage (huit mille kilomètres) est long. Hervé traverse plusieurs pays, rencontre toutes sortes de personnages, avant d’arriver dans le pays du Levant où l’on produit, dit-on, la plus belle soie du monde.

Hara Kei, le maître de la soie, est aussi puissant et dangereux que sa maîtresse est belle, aux yeux d’Hervé. Au retour du voyage, il ne peut l’oublier, et, près de son épouse, sa passion persiste. Pourtant, il n’a rien vu que ses yeux et ses cheveux. Quatre voyages plus loin, décrits et répétés avec les mêmes mots, juste avec des très subtiles variantes dans le texte, et une conclusion un peu inattendue, on admettra que ce roman aux accents de conte, légèrement teintés d’érotisme, est le résultat d’une expertise d’écriture sans faille. Car Alessandro Barrico, avec une extrème élégance, sans décrire ni les paysages, ni les êtres, réussit à parler de passion, de ferveur. Ainsi, très académique, lisse, minimaliste, raffiné, laissant la part belle aux silences, à la contemplation, le petit ouvrage laisse le lecteur libre de se créer lui-même les choses à sa convenance. Mais ce n’est pas le voyage qui importe, c’est la force des regards des amants qui se croisent, l’infidélité non consommée, les souffrances muettes de l’épouse.

Ne lisez point cet ouvrage comme un roman mais plutôt comme une poésie, comme une chanson avec des refrains. Il faudra vous y lover, et vous vêtir de l’étoffe douce, vous arrêter aux silences, importants comme dans une partition, vous laisser bercer par quelques faux-rythmes, des répétitions et des pauses. Sinon, ça ne marchera pas !

Alessandro Barrico n’est pas seulement écrivain. Il est musicologue, dirige une école de narration. Ceci explique cela. Il est donc l’inventeur d’un style qui mêle la littérature et la musique. C’est ainsi qu’on lui doit 1900, pianiste que je n’ai pas lu mais qu’un ami, musicien d’ailleurs, m’a conseillé. La Légende du pianiste sur l’océan (La leggenda del pianista sull’oceano), réalisé par Giuseppe Tornatore, sorti 1998, s’inspire du monologue théâtral. L’écrivain donne également des lectures soutenues par des concerts.

Ici, un extrait de Soie, et musique aussi épurée.

Soie – extrait

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2 commentaires sur “Soie, Alessandro Baricco

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  1. Il y a bien une vingtaine d’années que j’ai lu ce livre. Je ne me souviens plus très bien de l’histoire mais de la quiétude qu’elle dégageait. Une vie sans besoins ! Une vie à vivre telle qu’elle se présente ! Une quatrième de couverture pas très incitative mais qui le fut pourtant pour moi : « C’était au reste un de ces hommes qui aiment assister à leur propre vie, considérant comme déplacée toute ambition de la vivre » Tu m’incites à le relire. Merci

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