Angle d’équilibre, Wallace Stegner

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Le vieil historien Lyman Ward, contre l’avis d’un fils qui voudrait qu’il soit plus tranquille, se met à trier les archives de sa famille. Amputé et condamné au fauteuil roulant par une maladie dégénérative, plaqué par sa compagne, (partie avec le chirurgien) confiant son corps meurtri aux soins d’une vieille amie, il est rendu très amer par cette situation (on comprend bien !). Guetté par la fin, il tente d’échapper, en se penchant sur l’histoire familiale, au bilan de sa propre existence. Il tombe ainsi sur des lettres des années 1860 écrites par son aïeule, alors jeune femme élevée dans les traditions de l’Angleterre victorienne, qui abandonne une vie d’artiste-peintre, illustratrice et écrivaine, pour suivre son mari Oliver, ingénieur-prospecteur minier dans l’Ouest sauvage. Susan, dans ces lettres émouvantes, s’adresse à Augusta, amour saphique de jeunesse, lui décrit ses rêves et ses désillusions, sa vie près d’Oliver, scientifique sérieux et plutôt mutique, honnête et loyal, peu doué pour les relations sociales, qui, choqué par les méthodes financières et politiciennes, décide de rompre son engagement, entraînant son couple dans une vie de plus en plus précaire dans des régions arides et peu hospitalières. L’existence d’Augusta représente ce qu’elle-même aurait dû avoir si elle ne s’était pas mariée : une vie confortable, plutôt luxueuse, faite de réceptions, parmi toutes les personnalités les plus en vue de l’époque. Susan est partagée entre son rêve de mondanités intellectuelles et sa volonté de soutenir un mari idéaliste, taciturne et obstiné, qui va jusqu’à lui faire honte par son manque de raffinement. Alors, elle finit par céder à la tentation d’une aventure, rompant ainsi l’angle d’équilibre de son couple.

L’auteur, avec la puissance romanesque qu’on lui reconnaît, s’attache aux différences stylistiques entre les écrits de Susan et la description de la vie quotidienne des années 1970, et mène le lecteur vers un dénouement adroit et mystérieux entre deux époques. A la lecture, on se dit que c’est plus qu’un roman. Il s’agit en fait d’un essai, une réflexion sur le décalage culturel entre deux époques, sur le pardon, la magnanimité, prenant pour illustration l’histoire d’un couple. C’est aussi un portrait de femme et la démystification sans concession de l’épopée vers l’Ouest des pionniers face à l’enrichissement sans vergogne des spéculateurs.

Philosophe stoïcien, Wallace Stegner, dans l’ensemble de son oeuvre, ne cesse de se poser la même question : « Comment vivre dans un monde qui, pourtant riche de merveilles, met à bas nos rêves ? ». Considéré par les romanciers américains modernes comme maître, Wallace Stegner, né en 1909 et décédé en 1993, obtint le prix Pulitzer avec ce récit, paru en 1971. « Angle d’équilibre » est le plus célèbre de ses romans.

Richard Page est né dans l’Iowa, comme Wallace Stegner. Le groupe « Mr Mister », avec Steve Farris à la guitare, Pat Mastelotta à la batterie, compose en 1981 l’album « Welcome to the real word », qui illustre bien les questionnements de l’auteur, surtout avec cette chanson : « Broken Wings », qui, j’espère, redonnera meilleure humeur au héros d’« Angle d’équilibre ».

« Chérie, je ne comprends pas pourquoi ne ne pouvons pas tenir bon, l’un pour l’autre. Réapprends à voler avec ces ailes brisées et vis librement. »

 

Mr. Mister – Broken Wings

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