Compartiment pour dames, Anita Nair

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Dans de nombreux endroits du monde, être célibataire, surtout pour une femme, est considéré comme un échec. D’ailleurs, même dans les pays occidentaux, on associe souvent cet état à la solitude.  Anita Nair se pose la question : « doit-on être deux pour être heureux ». Pour la femme indienne, qui suppose que les femmes occidentales sont plus heureuses parce que libres de ne pas se soumettre à la tutelle des hommes, le célibat devient générateur d’émancipation, de liberté.

Les traditions rigides, le poids du système des castes,  résistent au modernisme de l’Inde. Les filles, toujours considérées inférieures aux garçons, sont sources d’ennuis pour la famille : on doit en faire des filles dociles, bien élevées, les doter et leur trouver des maris.

Akhia, âgée de plus de quarante ans, ayant perdu son père, a dû arrêter ses études pour travailler et subvenir aux besoins de sa famille. Elle a, par devoir, cessé de penser à elle, rompu avec Hari, sacrifiant sa vie sentimentale. Sur un coup de tête, elle décide de prendre un peu de liberté, invente un déplacement professionnel,  part seule en voyage en train et se retrouve en compagnie d’autres femmes. Elles se parlent, puis se confient, évoquant leurs rêves, leurs frustrations, leurs révoltes. Chacune raconte son histoire, expose sa vie, révèle à Akhia, jusqu’au plus intime, l’ampleur de son renoncement, de sa servitude. Les récits abordent des thèmes lourds d’intention, comme la contraception et l’avortement, la pédophilie, l’homosexualité… Janaki fait part de son bonheur avec son époux aimant, Sheela parle de ses rêves de jeune fille, contrariés par une famille conservatrice, Margaret révèle comment elle maîtrise le despotisme de son mari, Prabha Devi cherche encore l’équilibre entre bonne épouse et femme épanouie, Marikolanthu confie sa vie tragique. Toutes leurs histoires, différentes,  disent combien le sort des femmes indiennes est encore entre les mains des hommes. Bien que la place de la femme dans la société indienne en constitue la question centrale, le propos, après réflexion, est universel.

J’ai aimé prendre le train en Inde. Les voyages sont longs, l’espace exigu des compartiments incite aux échanges. Sans peine, Je me suis imaginée dans ce compartiment, avec ces voyageuses, les écoutant, et leur confiant à mon tour un peu de ma vie de femme. Le cadre métaphorique du voyage, adroitement découpé en séquences, l’écriture aux accents sensuels, très imagée, alternant propos graves et passages légers, drôles, ont offert un bon prétexte aux souvenirs de mon séjour en Inde.

Anita Nair, née en 1966, est originaire du Kerala. Elle a commencé sa carrière comme journaliste, est devenue romancière en 1996.. Elle vit maintenant à Bangalore.

Akhia souhaite se rendre dans le sud du pays, au bord de la mer, là où les trois mers se rencontrent, la baie du Bengale, l’océan indien, la mer d’Arabie. C’est la région du Karnataka. Offrons lui un morceau de Lakshminarayana Subramaniam, ce virtuose du violon, spécialiste, justement, de la musique traditionnelle de cette région.

 

Subramaniam – Beyond

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