Destruction d’un coeur – Stefan Zweig

th

Après quelques verres, un ami me confiait hier le désarroi qu’il éprouvait à s’apercevoir que sa fille de quinze ans commençait à s’intéresser aux garçons. Non qu’il fût vraiment triste, mais quand même, il avait envie d’en parler. Je lui conseillai de façon un peu sadique -c’est un peu éprouvant, dans ce cas- la lecture de cette histoire ou, si ça prenait de l’ampleur, ajoutai-je presque ironiquement, d’en parler, comme on dit… à quelqu’un. Sigmund Freud, d’ailleurs, ça l’avait enervé, ce livre. Après tout c’était son domaine, d’observer la cruauté des rapports entre générations, d’analyser cette déroutante acuité des enfants face aux choses, même graves, de la vie, et puis, aussi, de comprendre le refus de vieillir et les stigmates du non-dits. Mais les histoires de Stepfan Zweig plurent beaucoup à Maupassant. On comprend pourquoi : l’Autrichien avait suivi son exemple, choisissant de traiter, en plusieurs nouvelles, le même sujet. Avec un style fluide, servi par la traduction de Alzir Hella et d’Olivier Bournac, avec cette compassion exceptionnelle, l’auteur aborde sans détour la virilité, le désir, les pulsions, les naufrages de sentiments. Véritables études psychologiques, les trois nouvelles qui constituent cet ouvrage mettent en évidence, de façon subtile, la cruauté sous-jacente des rapports humains. Ecrites au début du 20ème siècle, l’auteur brosse avec brio un portrait de la « bonne » société viennoise, aux moeurs bien policées, où règne la hiérarchie de classe, dans laquelle on cherchait à contrôler, cacher et taire, les sentiments, les jalousies, les frustrations.

On doit à cet auteur, né à Vienne en 1881 dans une famille juive, une oeuvre très abondante. Lorsque Hitler accéda au pouvoir, il s’exila au Brésil. Désepéré, il se donna la mort le 22 février 1942, avec son épouse.

Mon ami me pardonnera de lui avoir mis entre les mains ce livre un peu écorné, presque oublié, et comprendra bien vite qu’il est simplement jaloux, inconsciemment, de la joliesse de sa fille et de la virilité des garçons qui tournent autour, et qu’il n’est pas sain de souffrir de vieillir. Charles Aznavour, lui, en tout cas, il en a pris son parti, on dirait.

Ma fille – Charles Aznavour

is (2)

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :