Soudain, seuls, Isabelle Autissier

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« Seuls ». Le pluriel est déjà… singulier. « Les amoureux sont seuls au monde », met-on en exergue pour souligner le bonheur de ne regarder que l’autre, de se voir dans ses yeux. Louise et Ludovic avaient certainement envie de vivre une jolie aventure, envie de rivages nouveaux, de paysages souriants, d’exotisme. Alors, voilà nos deux bobos qui prennent un congé sabbatique, et s’en vont sur leur bateau et leurs rêves. Sauf qu’entre le romantisme presque mièvre de cette solitude-là et la dure réalité de la survie, il y a un monde. Jason (le bateau), les abandonne, certainement parti chercher la Toison d’Or avec les Argonautes, comme son nom l’indique. Peu de toison de ce côté des Malouines, cinquantième sud, que de la peau d’otaries, des plumes de manchots… Les voilà contraints à tuer sauvagement les palmipèdes protégés, les plumer, dégraisser les ours de mer, se battre avec des rats aussi affamés qu’eux. Vous pensez bien que l’humeur amoureuse en prend un coup, les émotions s’exacerbent et l’humanité dont on se croyait pourvu s’effrite, c’est peu dire ! Et puis, on ne s’imagine pas ce qu’on est capable de faire lorsque l’instinct de survie prend le dessus.

Moi, le genre « Robinson » ne me fait pas rêver. Surtout sans les palmiers, sans les ananas et sans lait de coco. Je n’apprécie ni le bateau, ni les îles. L’histoire m’a intéressée malgré tout, le propos de cette adroite auteure, dans une première partie de l’histoire, résidant surtout sur les difficultés à surmonter, en couple, l’aridité, le froid, la faim et la maladie. Moins convaincante, la seconde partie, retour à la civilisation, porte une réflexion sur la culpabilité, le remords, avec pour trithérapie un peu trop hygiénique, plutôt consensuelle à mon goût : marcher, dormir, lire…

Entre la haute mer et la littérature, Isabelle Autissier navigue. C’est certainement la raison de ce style si précis, dont les mots percutants se posent comme des points sur une carte marine. Une prose brillante, poétique, restitue avec justesse les émotions. Sans détours, on garde le cap du récit comme dans un voyage bien planifié. Lorsqu’il arrive à l’auteure de s’abandonner à admirer le paysage, c’est pour rappeler au lecteur que la belle nature est souvent cruelle. Le message écologique de cette militante passe en filigrane, dénonçant au passage l’avidité des humains qui détruit faune et flore, sans digressions moralisatrices, inutiles. Comme la chanson de Sting, qu’il chante en levant le poing contre les climatoseptiques.

« Aujourd’hui, trois pingouins et un ours se sont noyés, la glace sur laquelle ils vivaient a disparu »…

Sting – One fine day

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