Tant de cerises !

20170529_122930[972]La commune est morte. Dimanche 28 mai 1871, en début d’après-midi, les combats ont cessé. Devant le mur des Fédérés, cent quarante sept corps de communards fusillés ont été jetés dans une fosse ouverte par les Versaillais. D’autres exécutions auront lieu dans cet infiniment triste mois de juin ; au moins, dit-on, mille quatre cent. Beaucoup, ensuite, seront emprisonnés, déportés, comme Louise Michel, en Nouvelle-Calédonie. Revenue en France, cette institutrice continuera à militer en faveur du prolétariat. C’est à elle que sera dédié « Le temps des cerises », fameuse chanson d’amour mille fois reprise, écrite en 1866 par Jean-Baptiste Clément, ce chansonnier au répertoire un peu oublié, (mis à part « La semaine sanglante », inspirée par le massacre des communards,  et… l’innocente ronde « Dansons la capucine »). C’est que Jean-Baptiste, un peu amoureux de Louise, vaillante infirmière et ambulancière pendant les combats, était lui-même militant du Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire, comme son camarade qui lui en offrit la musique, Antoine-Aimé Renard, ténor d’opéra, ouvrier fondeur ! Cette chanson, évoquant le printemps et l’annonce heureuse des cerises, bien que n’ayant pas été chantée pendant les événements de la Commune, est pourtant associée à ce souvenir et devint une métaphore de la triste fin de l’histoire, les fruits rouges représentant les impacts des balles. Avec ça, on commence à comprendre pourquoi les trilles des merles moqueurs et des gais rossignols se mêlent aux cris de révolutions, pourquoi ces paroles de romance aux accents un peu surannées connurent ce destin, révélant un fort potentiel politique.

J’aimerai toujours le temps des cerises, malgré le lourd souvenir que la France populaire garde au cœur et malgré la plaie ouverte sur les désillusions. C’est le temps des dîners au jardin, et si l’on a la patience car les jours sont longs, on allumera les lanternes et l’on chantera l’amour et l’espoir.

On a tous chanté le temps des cerises, de Mado Robin à Barbara Hendricks qui, le 10 janvier 1996, adressa la ritournelle à François Mitterrand à la Bastoche, de Mouloudji à Charles Trenet qui le swingna en 1942 pour, dit-on, agacer l’occupant allemand, et même Noir Désir, en version rock. Mais j’aime toujours la voix de Montand, qui savait au moins de quoi ça parlait.

 

 

 

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