Il humoit le piot !*

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En cette rentrée, il nous faudra fréquenter Rabelais. Car si Septembre est le mois de bien des catastrophes et drames historiques, aussi Noir qu’en Jordanie en 2004, aussi sanglant qu’en France en 1792, puis en 1870, aussi violent et meurtrier que Nine Eleven, c’est aussi, ainsi que les hommes vivent, le mois des vendanges et de la bonne chère. En 1534, l’homme publie « Gargantua ». Bon vivant dès sa naissance, ce très gros bébé aime, bien sûr, le lait de sa nourrice, mais comme il faut faire taire le loupiot, Grangousier, son père, ordonne qu’on lui donne du vin, de la « purée septembrale ».  Le gourmand vide hardiment le pichet, en réclame encore.

Nous irons donc goûter le vin nouveau, et pourquoi pas, en même temps, celui des années passées. Avec cela, avalerons quelque fouace, fouasse, fougasse ou fouée, selon la région où nous trouverons. Pour Rabelais, il s’agit certainement de celle du Saumurois, délicieuse brioche ronde. Comme je suis nantaise, j’irais quérir la mienne auprès des fouaciers du quartier de Chantenay à qui je ne chercherai point querelle comme les bergers de Rabelais**, car je crains la colère picrocholine. Ils ne refuseront point leur commerce, me bailleront, pour mon argent, une étoile à six branches, thparfumée de fleur d’oranger, que je mangerai réchauffée au four. Ma septembrale purée sera de vin blanc un peu pétillante car elle aura déjà un peu « travaillé ». Et, le 22, j’aurai pour Georges Brassens une petite pensée, lui qui aimait le bon vin et qui refusait le chagrin. D’ailleurs, aujourd’hui plus qu’hier, du 22 septembre, il s’en fout !  

Le 22 septembre – Georges Brassens

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* Gargantua, chapitre VII : Il vida le pichet.

** Gargantua, chapitre XXV : Les fouaciers de Lerné, sujets de Sa Majesté Picrochole, ne furent point enclins à faire commerce avec les gens de Gargantua, mais les outragèrent grandement, les appelant « trop-dieux, brèche-dents, plaisants-rousseaux, galliers, chienlits, averlans, limes-sourdes, fainéants, friandaux, bustarins, talvassiers, rien-ne-vaux-, rustres, chalands, happe-lopins, traine-gaines, gentils-floquets, copieux, landorés, malotrus, dandins, beaugeards, taisez-gaubregueux, goguelus, claque-dents, boyers d’étrons, bergers de merde » et autres épithètes diffamatoires, ajoutant que point à eux n’appartenait de manger de ces belles fouaces, qu’ils devaient se contenter de gros pain et de tourte.

 

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