Toyer – Gardner McKay

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Excellente idée, d’avoir pris ce roman comme livre de chevet alors que je me préparais à une intervention chirurgicale ! Comme me l’indiquait le nom de la clinique, Jules Verne, j’aurais mieux fait de revoir les aventures du capitaine Némo, où celle de Philéas Fog ! Car Nantes, ville natale de l’illustre voyageur immobile, fut la source des rêves, le creuset des Voyages Extraordinaires. En tout cas bien loin du thriller médical de Gardner McKay dont j’avais terminé la lecture, la veille du geste de l’anesthésiste. Deux ou trois heures plus tard, alors que je tentais de reprendre ma vie en tête et en mains, je pensai avec une empathie tout à propos à la dernière victime de Toyer, ce qui ne manqua pas de troubler mon réveil. Je découvrais toutefois, peu à peu, que j’étais loin de l’état dans lequel le psychopathe du roman de Gardner McKay laisse ses copines et que je n’étais pas, comme cette petite dizaine de jolies jeunes femmes, vouée à gésir définitivement au Bois Dormant.

C’est que l’auteur, décédé en 2001, plus connu pour l’élégant et irrésistible Capitaine Troy qu’il incarna pour une série télévisée, (Aventures dans les îles) ne faisait pas dans le romantique lorsqu’il tenait la plume. La cordotomie spinale laisse inerte, autant qu’un poireau sorti du bouillon. Non, ça fait pas mal, juste une petite incision de quelques fibres neuronales situées sur la nuque. Oui. Là. Encore, peut-on se dire à cet énoncé, un serial killer de jolies dames ! Thème rebattu ! Mais non, car l’originalité du récit tient en un détail : pour Toyer, il ne s’agit pas de tuer, ni même de violer. C’est bien pour ça que la police de Los Angeles semble ne rien faire pour l’arrêter. Alors, Maude, psychiatre révoltée, s’enlise dans son diagnostic et la presse fait de Toyer (Le Joueur) un héros, doté d’un talent exceptionnel, qui joue de son charme, s’amuse… et continue son délicat boulot de chirurgien.

Précis comme l’aiment les amateurs du genre, le roman est bien écrit. Les chapitres courts, dans ce pavé de plus de sept cents pages, donnent, en étant annoncés par des prénoms, une impression de rapidité. Cru et dérangeant par la forme, pourtant parfois poétique, le texte dénonce le jeu des pouvoirs entre le monde de la presse et la police, la déontologie médicale bafouée, et pose la question de l’information face à la fascination morbide du public. Adroitement, l’auteur de sert de la synonymie entre « joueur » et « acteur » pour évoquer la situation des nombreux étudiants des écoles de théâtre et de cinéma d’Hollywood, candidats à la célébrité. Il sait de quoi il parle, il fut lui-même comédien, critique dramatique, et donnait des cours d’écriture. Le dénouement, qui s’étend sur une centaine de pages, est à la hauteur d’un bon thriller : pervers et percutant, malsain comme il faut.

Parmi les références musicales utilisées dans ce livre, j’ai aimé le choix de Maude, la psychiatre, qui insère un disque dans le lecteur, s’assied confortablement dans son fauteuil en cuir. Elle se passe un glaçon sur le visage et le corps. Elle n’entend plus les voix qui la harcèlent, se laisse porter par celles des deux frères, pêcheurs de perles, qui se déchirent pour une femme. Pour vous, chantée par Roberto Alagna, « Je crois entendre encore », la romance de Nadir, tirée de l’opéra de Bizet.

Roberto Alagna – Les pêcheurs de perles

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