Grossir le ciel – Franck Bouysse

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En route pour les Cévennes, au lieu dit « Les Doges ». Gus, malmené par l’existence, vit ici, avec ses vaches et son chien Mars, au milieu des montagnes et de la forêt, sans amitié et sans épouse. Un taiseux, Gus, comme son voisin Abel, de vingt ans son aîné, dans une autre ferme, à quelques centaines de mètres. Le décor simple, rural, et rugueux, a emprisonné les deux hommes, peu à peu, au fond de leur solitude. Ils ne sont pas amis. Entre eux, le verbe, rare, se dilue dans un silence pesant. Pourtant, il leur arrive de s’aider car il faut au moins être deux pour remettre en place les viscères reproducteurs d’une vache après un vêlage plus que difficile, pour réparer une clôture, ou pour vider -le temps est si long !- une bouteille d’horrible piquette, âcre comme le pays. La solidarité paysanne, c’est juste ça pour nos deux besogneux. Ce n’est pas de l’empathie, c’est juste parce que la vie est assez dure comme ça. Alors, ils ne se livrent pas, ne se confient pas, gardent leur part d’ombre même les soirs de beuverie au coin du feu. Il faut, en plus compter avec les vieux secrets de famille, qui sont bien tenaces et la haine silencieuse, héritée des anciens, tient les confidences à distance.

La mort de l’abbé Pierre, au coeur de l’hiver de 2007, touche Gus, l’attriste, même, allez savoir pourquoi, plus que la perte de ses parents, vécue comme une délivrance. Pour rompre la monotonie, il décroche son fusil et décide d’aller tirer les grives. Alors qu’il en vise une, un coup de feu la fait s’envoler et des cris s’élèvent, provenant de la ferme d’Abel… Gus se met à épier son voisin qui, trouve-t’il, adopte un comportement étrange,. Il fait des découvertes, se heurte au silence lorsqu’il tente d’aborder le sujet. Les vieilles rancoeurs se réveillent, la tension s’installe à force de non-dits, de suspicions…

Le récit, abrupt et noir, naturaliste et cru, est servi par une écriture épurée et pourtant adroite et ciselée. La mort lente, dans le silence, d’une ruralité traditionnelle, la misère économique, sociale et intellectuelle sont abordés avec justesse. Sans un mot de trop, l’auteur installe l’ambiance sourde d’un village isolé dans les Cévennes et brosse des portraits d’hommes rudes, taiseux et pourtant habités par l’angoisse. L’intrigue, par ailleurs parfaitement menée, semble servir de prétexte à l’étude des personnages. Seul le dénouement m’a paru comme inabouti.

Pourtant, que la montagne est belle !

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2 commentaires sur “Grossir le ciel – Franck Bouysse

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