Bakhita – Véronique Olmi

thVoyage triste dans le Soudan des esclaves, il y a moins de deux siècles, où les négriers cupides font commerce de leurs frères humains. Elles se vendent bien et cher, les petites filles, que l’on prostitue, et se vendent aussi les garçons, castrés. Bakhita, « La Chanceuse », c’est le nom qu’on lui attribue lors de son enlèvement. L’autre nom, celui que sa famille aimante lui avait donné, doit s’oublier. Peut-être oublie-t’elle aussi, ou enfouie-t’elle dans son inconscient, l’odeur de la maman, dans laquelle elle se lovait à l’ombre du baobab. Il ne s’agit désormais que de survivre à la marche forcée dans le désert, aux coups, aux blessures qui abîment son jeune corps, enchaîné, exposé, vendu et revendu, battu, scarifié, violé.

En s’inspirant de l’authentique parcours d’une fillette soudanaise enlevée dans sa septième année, béatifiée et canonisée par Jean-Paul II en 2001, l’auteure décrit le destin hors-norme de cette esclave devenue religieuse. La première partie du récit, brutale, sans concession, devient parfois poétique et douce, sereine. C’est à ce titre un beau travail d’écriture, soutenu par une documentation solide sur l’histoire de l’esclavage. Véronique Olmi nous entraîne, depuis le petit village du Darfour, à Khartoum, Omdurman, Kassala. La seconde partie, depuis son arrivée en Italie, là où les femmes vivent libres, sortent seules et sans voile, où règne la menace fasciste, se traîne un peu. L’esclave devient servante puis entre dans un couvent de Venise, décide de n’en pas sortir en prenant Dieu pour maître.

Je ne suis pas particulièrement intéressée par la vie des saints, mais ce récit est loin de se résumer au cheminement vers la foi. Il va au-delà, livrant, en filigrane, une réflexion sur l’éducation et la quête de la spiritualité. Je me suis demandé si cette femme fut réellement, profondément croyante, au regard naïf qu’elle semble, dans ce portrait entre roman et biographie, porter sur Dieu, Ne cherchait-elle pas simplement, par instinct de survie, un asile, une protection, dans un monde qu’elle ne connût que cruel, en se tournant vers tout ce qu’elle trouvait beau et bon, en croyant, comme le charbonnier, à ce que l’Eglise croit ?

Je vous propose d’écouter Alsarah. Née en 1982, elle est soudanaise, comme Bakhita. Ses parents, militants des droits humains, doivent fuir le pays alors qu’elle n’a que huit ans. Ils risquent d’être condamnés à mort par le futur président Omar al-Bashir. Désormais expatriés, ils vivent au Yémen, où la guerre civile les rattrappent en 1994. Ils gagnent les Etats-Unis, obtiennent l’asile politique. La jeune fille se réfugie dans l’écoute et la pratique de la musique. Elle forme le groupe Alsarah and the Nubatones qui fait une tournée mondiale.

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