Purity – Jonathan Franzen

 

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Jusqu’au jour où Purity Tyler, au seuil de sa vie d’adulte, se demande comment rembourser sa bourse d’études, elle n’avait jamais penser s’adresser au père qui aurait dû l’aider. L’amour exclusif de sa mère, Penelope, plus que fauchée, déprimée chronique, lui aurait bien suffi. Peut-être… En tout cas, c’est là qu’elle commence à s’interroger sur son géniteur, dont Penelope ne veut, depuis toujours, ni entendre, ni parler. Craignant, au regard de ses piètres résultats, de se faire virer de son emploi de harceleuse téléphonique, Purity démissionne et quitte, par la même occasion, son squat de Oakland.

On pense à Dickens lorsque le prénom de Purity, si lourd qu’il soit à porter, se transforme en Pip, comme le héros des Grandes Espérances. Elle l’assume, ce sobriquet, ironique et même cynique, pratiquant l’autodérision, menant une enquête qui se transforme au long des pages en quête, puis en véritable traque, se servant des moyens d’une centrale de lanceurs d’alertes du Net, basée en Bolivie, puis de ceux du journalisme d’investigation à l’ancienne, à Denver.

C’est de l’opposition entre ces types d’information qu’apparaissent, au coeur du récit, les interrogations sur les concepts d’intime et de collectif, de démocratie et de totalitarisme, de la condition féminine, de la corruption, de la haine et de l’amour. Cette opposition est incarnée par deux personnages : Andreas Wolf, issu d’une famille d’apparatchiks en Allemagne de l’Est, patron charismatique de Sunlight-Project, surdoué et manipulateur, et Tom Aberrant, journaliste à l’ancienne, ambitieux et idéaliste, militant humaniste. S’instaure un débat sur les enjeux de la transparence, sur la divulgation de secrets, industriels ou d’Etats. L’auteur va au-delà pour invoquer le principe de pureté morale, en invitant le lecteur à réfléchir sur l’ambiguïté des sentiments d’amour et de lâcheté, de générosité, de honte et de culpabilité, en somme sur nos beaux et vilains secrets.

Comme c’est un bien gros livre (plus de 750 pages), il faut s’accrocher. Les chapitres s’imbriquent de façon inattendue, événements et dialogues, portraits et caractères des personnages mettant en relief leurs secrets, leurs mensonges, leurs petites et grandes lâchetés, bref, leurs névroses, comme un puzzle un peu difficile, éprouve-t’on, à reconstituer.

Un roman bien impur, contre la dictature de la transparence.

Jonathan Franzen est né en Illinois en 1959, a suivi des études scientifiques à Berlin. En 2001, son roman, Les corrections, best-seller mondial et roman-culte, obtient le National Book Award. Il vit à NewYork et en Californie.

Au cours d’une rencontre, en 2016, avec un journaliste du Figaro, il déclarait avoir besoin de musique pour écrire. J’ai eu une période Stravinsky, disait-il, mais j’aime beaucoup le rock. Gageons qu’il aime celui de Pearl Jam, originaire de Seattle, formé en 1990, considéré par les lecteurs de USA-TODAY comme le meilleur groupe de rock américain. Outre l’engagement scénique remarquable, il est célèbre pour son engagement politique humanitaire.

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