Je, François Villon – Jean Teulé

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Le virtuose accompli que fut François Villon, usant de son verbe unique, légua à la poésie française un incomparable trésor. On prescrira, afin d’en faire remède contre l’oubli du beau langage, quelques minutes de lecture à voix haute une fois par jour. C’est qu’au XVème siècle fleurissent les lumineuses cours d’amour, les jardins des dames de beauté, si loin et si près de faits peu glorieux, voire rebutants, comme pendaisons, tortures, dans les rues sombres de Paris, repères de coquins et de ribaudes.

Confié à la chaleureuse protection du chanoine Guillaume de Villon, promis à un avenir de clerc tranquille, doté d’un talent de poète, le médiocre écolier, turbulent et impertinent a de forts mauvaises fréquentations. De la couche de Margot à la table des Coquillards, ces ripailleurs sans foi, vétérans de la Guerre de Cent Ans, le lecteur accompagne François dans les bas-fonds où l’on s’enivre, fornique et viole, dévore, vole et tue. Pas facile à croire, mais dans cette vie d’errance, le jeune et brillant versificateur est à la recherche d’idéal, de pureté. Peut-être que Dieu décidera de le punir, mais il ne s’en plaint pas, pourvu qu’il prenne du bon temps, « jusqu’à la corde », conscient de se faire tort à lui-même tort.

Le titre s’annonce comme une autobiographie. Sous la plume sans concession de Jean Teulé, ce qui est présenté doit être considéré prudemment, comme incertain, ainsi que tout ce qui fut dit et écrit sur Jean Villon, dont on sait, en fait, si peu. Des jupons d’une mère qui finit pendue pour un larcin, de l’amour d’Isabelle, sa bien-aimée qui mourut recluse, jusqu’à la mise au ban de la capitale, sa vie ne fit l’objet que peu de données écrites et sa disparition est mystérieuse. C’est ainsi que s’écrivit la légende du premier poète maudit, dont l’auteur s’empare avec truculence, usant du langage argotique de l’époque, au riche lexique, de portraits, de poèmes. Jean Teulé n’a pas son pareil pour traiter les sujets les plus salés, les plus hauts en couleurs. Chroniqueur, au début de sa carrière, à l‘Echo des Savanes, il a écrit « Darling », fille naïve et illettrée, dont il rapporte les entretiens avec un regard de sociologue, « Le Montespan », le portrait d’un cocu royal, « Fleur de Tonnerre », celui de la jeune bretonne, empoisonneuse… Il offre aux lecteurs une galerie de portraits subversifs, criminels, usant d’une verve sans pareille pour traiter les sujets les plus salés, les plus hauts en couleurs, les plus sordides.

Ne nous privons pas, à cette occasion, d’écouter Georges Brassens, qui, mettant en musique cette ballade, rendit hommage à ce poète et aux femmes, même si certains des meilleurs étudiants des universités de Paris, comme Buridan, ayant été pris pour amants par de très nobles dames, disparaissaient, « en un sac, en Seine », jetés de la Tour de Nesle !

 

 

 

 

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