Chéloïdes, Chronique punk – Morgane Caussarieu

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Une chéloïde, c’est une sorte d’excroissance qui peut apparaître à la suite d’une blessure guérie, de l’effacement d’un tatouage. Ferme, caoutchouteuse, brillante et fibreuse, ça varie, selon la couleur de votre peau, du rose clair au brun et c’est difficile de s’en débarrasser, et en plus, ça démange ! Pas chic et pas glamour, le machin, je vais garder mes tatoos.

La chronique, tranche de vie, donc, c’est celle de Colombe qui rencontre Malik. C’est elle qui raconte, drôle d’oiseau. Elle bosse comme maquilleuse sur des tournages de pornos-gay. Punkette coquette, maquillée noire, look très soigné dans le genre, elle a du boulot, des potes, un peu marginale mais ça peut aller, vous voyez le tableau. Malik, désoeuvré, et sans domicile, erre dans son quartier. Lui, il chante. De temps en temps. Se fritte avec n’importe qui. Souvent. C’est un punk. Convaincu, du no-future à donf ! Crête, treillis, Rangers. Là, on se dit que s’ils se rencontrent, ça va forcément être un peu trash. Mais ne nous trompons pas, il s’agit bien d’une histoire d’amour. Je vous l’accorde, pas vraiment une bluette, mais quand même.

Pas de leçon à tirer dans l’aventure qui entraîne le lecteur dans des lieux underground de Paris et de Berlin où le sexe, la musique et la drogue se font hard, où la mort rôde, sniff, piquouses et MST dès la porte franchie. C’est juste un témoignage, sans jugement, sans concession, sans tabou, à propos de cette marginalité. Pas vulgaire, pas même indécente et pourtant crue, l’écriture de Morgane Caussarieu est courageuse, sans en faire de trop, et infiniment efficace lorsqu’elle décrit la relation entre les tourtereaux abîmés, passionnée, destructrice et déviante, leur descente aux enfers, l’énergie de leur désespoir.

Pas la peine de se poser la question, Morgane Caussarieu sait de quoi elle parle. Il y a du vécu. Mais c’est son talent qui lui permet de rapporter avec tant d’intelligence et de profondeur cette chronique, romance infiniment réaliste et bouleversante. L’écriture, argotique, crue, confine au lyrique. Et ça sonne juste, vrai, crédible. Bon, ça bouscule un peu, l’histoire pourra bien choquer, on pourra refuser l’empathie envers l’univers que décrit l’auteure, mais, ça vaut le coup, on s’obligera à réfléchir sur la désespérance, (sans faire de la psychologie à deux balles, Morgane Caussarieu y veille), jusqu’à comprendre comment on peut atteindre cette fin, salement magistrale.

Avec ça, je ne vais pas, vous vous en doutez, vous proposer d’écouter Philippe Delerm ou André Rieu ! Les Sisters of Mercy feront mieux l’affaire, parmi les nombreuses références du récit. C’est anglais, c’est du rock gothique, post-punk, ça envoie, et la vidéo est assez belle.

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