Une mesure de trop – Alain Claude Sulzer

 

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J’ai pris pour habitude de proposer à mes lecteurs, à la fin de ces partages littéraires, l’écoute d’un morceau de musique. A l’image d’un caviste averti, je choisis ainsi, comme pour un mets, l’accompagnement.  Une de mes plus fidèles lectrices m’a confié qu’elle se rendait, avant de lire une de mes chroniques, directement à la fin, cliquait sur le lien et écoutait le morceau tout en prenant connaissance de mon avis. Aujourd’hui, je suis tentée de poser ce lien en préambule. Aujourd’hui, le choix s’imposait. il s’agit de la sonate pour piano n°29, de Beethoven. Elle ne sera pas exécutée par Mark Olsberg, personnage fictif, mais par Daniel Barenboim. Alors qu’il est en train d’interpréter ce morceau, ce musicien à la renommée planétaire s’interrompt, ferme le piano, se lève et quitte la scène. « C’est tout », dit-il avant de disparaître pour errer dans Berlin, pour faire une nouvelle rencontre. Alors, écoutez-la, cette sonate. Monsieur Barenboim, lui, ne s’arrêtera point.

Beethoven Sonata N° 29 ‘Hammerklavier’ Daniel Barenboim

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Le geste inouï, consternant, transformant en « fugue » la sonate, aura certainement des conséquences pour la carrière de Mark Olsberg ! Le propos n’est pas principalement là car il atteint surtout les autres personnages du récit, les spectateurs, et d’autres…  Il y a ceux qui, du coup, rentrent plus tôt que prévu chez eux, les employés d’un traiteur qui ne serviront ce soir aucun petit four, la fidèle secrétaire migraineuse de l’artiste, qui se sent abandonnée… Les personnages abordés sont très différents les uns des autres, mais le geste capricieux du pianiste déclenche chez tous, en peu de temps, désordres, fracas, changements, retournements de situation, qui décideront du reste de leurs vies. Un impromptu qui bouleverse les emplois du temps, remet en cause les relations.

Le titre interroge, car, en fait, de mesure, ce serait plutôt en moins ! Comédie légère, elle propose cependant au lecteur une réflexion pertinente sur le hasard, sur les conséquences, les traces que peuvent avoir nos décisions, nos gestes, sur des personnes proches ou inconnues.  L’écriture subtile, la puissance du détail, les descriptions fines et la structure adroite et originale du récit dévoilent l’intimité des personnages, révèlent la fragilité des rapports humains. 

Alain Claude Sulzer est né en 1953 à Riehen près de Bâle, où il vit. Son roman « Un garçon parfait » a obtenu le prix Schiller en Suisse en 2005, le prix Médicis étranger en 2008, et le prix de la Radio suisse romande en 2009.

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