Une nuit à Reykiavik – Brina Svit

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Je viens de lire la bien triste histoire de la pauvre petite quadragénaire autoritaire Lisbeth Sorel, pleine de fric, jolie et bien habillée. Son malheur, c’est que, habituée à décider de tout, elle à tendance, on dirait, à oublier l’essentiel et fait, en matière de rencontres, les plus mauvais choix ! Pour ma part, quand je voyage, j’aime bien goûter aux produits du pays, alors que pour Madame Sorel, ça parait plus compliqué. Si elle est à Buenos Aires et qu’elle éprouve de l’attirance pour un danseur de tango, le mieux qu’elle trouve à lui proposer, c’est une nuit légère, tarifée, en Islande, sous prétexte que les nuits sont plus longues dans le coin. C’est cher, dix billets de cinq cents euros plus le voyage aller-retour pour l’Argentine, même si celui qu’elle prend pour un gigolo n’aura droit qu’au vol éco. Enfin, elle a les moyens, c’est pas la question. Le vrai problème de la dame, qui a pourtant deux amants, des copines, un bon boulot qui lui permet de voyager et d’avoir du temps libre, c’est qu’elle est tout simplement dramatiquement frustrée et en deuil de sa soeur Lucie, artiste fantasque et désordonnée. On est sûr, avec ce programme, d’aller à l’échec ! Alors, le bon moment à Reykjavik ne se passe pas du tout comme Lisbeth l’avait imaginé, sensuel et érotique. La nonchalance argentine, les yeux de velours et le déhanché du joli garçon, dans la grande chambre d’hôtel de style scandinave, avec le froid et la fatigue, ça le fait moins que sous la boule à facettes ! Et là, l’histoire tourne au réalisme sentimental ; c’est exactement cette surprise-là qui m’a déçue car je me suis sentie très loin de Gustave Flaubert ou de Marguerite Duras, loin même de Françoise Sagan. Avec une fin trop prévisible, en plus ! Dans le genre cocktail « brève rencontre-nuit blanche-jetlag-halls d’aéroport-hôtels chics », j’ai connu mieux. Pourtant, l’écriture, fluide, précise, élégante, aurait pu me toucher et m’émouvoir ; je suis certaine que, sous l’apparence simpliste du propos, j’aurais dû déceler plus de profondeur. Ce ne fut point le cas.

Brina Švigelj, slovène, s’est établie à Paris après avoir étudié la philologie française à Ljubjana. Mariée à un Français, elle choisit d’écrire dans cette langue sous le nom de Brina Svit, s’obligeant ainsi, déclare-t’elle, à aller à l’essentiel. Elle obtient en 2003 le prix du rayonnement de la littérature française, pour « Moreno ». Elle est finaliste du Prix Goncourt de la Nouvelle, en 2017, pour « Nouvelles définitions de l’amour ».

Lisbeth écoute distraitement chanter Carlos Gardel à Buenos Aires. Dans son appartement désordonné des Buttes-Chaumon, Lucie écoutait Rachmaninoff en boucle… Moi, quand je pense au tango, j’ai toujours dans la tête la voix de velours de Guy Marchand. Faites comme moi, cliquez sur le lien : Je suis tango, tango – Guy Marchand

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