En l’absence de Blanca – Antonio Munoz Molina

 

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Mario aime Blanca. Routinier, il n’aime rien d’autre que rentrer chez lui, directement de son bureau, rejoindre l’appartement où elle l’attend, sans prendre un verre avec des collègues, sans détours et toujours sans perdre de temps. Elle représente tout ce qu’il désire. Mais il s’inquiète, se demande constamment pourquoi lui, venant d’un milieu très simple où l’on ne fréquente pas de lieux culturels, lui, si ignorant des mouvements nouveaux en matière d’art, peut être aimé de Blanca, comment cette belle jeune femme si distinguée, cultivée, qui rêve de découvertes, a pu accepter de l’épouser. Il est certain que le rêve prendra fin, qu’elle quittera la vie étriquée qu’il lui offre, lui petit fonctionnaire sans ambition, sans culture. C’est ainsi que le doute s’installe peu à peu. Surtout lorsque qu’un peintre contemporain demande à Blanca de l’aider à organiser une installation, les visites, les rencontres avec la presse. Découvrant, lorsqu’il revient du travail, l’appartement vide, il se dit que voilà, c’est arrivé : Blanca est partie. Le soupçon le ronge au point de se demander si la femme qui revient vers lui est bien Blanca. N’est-ce pas son double, une autre belle inconnue qui lui serait envoyée pour le réconforter de la perte de cet être si cher?

L’histoire, très courte,  n’a rien de renversant. L’auteur, évoquant les souvenirs de la rencontre et  les doutes de Mario, pratique l’autopsie de la relation, analysant les ressorts d’un amour fait de renoncement, de dépendance. Ils sont de classes sociales différentes, Mario, fils de paysan, devenu fonctionnaire étriqué, se complaît dans sa ville de province, Blanca, de famille bourgeoise aisée, est passionnée, fantaisiste. L’amour les a pourtant réunis. Mario, se sentant inférieur à cet être cultivé, pressent que si la vie à deux ne devient qu’une habitude (et l’on devine que ce sentiment exacerbe son admiration pour elle), Blanca ne sera plus heureuse, ne l’aimera plus, le quittera… Blanca est partie, il en est certain.

L’écriture d’Antonio Munoz Molina est belle et précise. Le lecteur, comme Mario, reste suspendu au soupçon quant à l’identité de la femme dans l’appartement, celle qui n’est pas Blanca, peut-être…

Antonio Muñoz Molina est né en 1956 à Úbeda, dans la province de Jaén. Il a publié plusieurs romans, écrit dans le journal El Pais. Je vous ai déjà parlé de « Dans la grande nuit des temps », publié en 2012, c’était, selon le périodique « Lire », le meilleur livre étranger.

Mario offre a Blanca une cassette des chansons de l’artiste gitan catalan Ramon Moncho, musicien et chanteur incontournable du boléro et de la rumba. Il a enregistré plus de 300 chanson tout au long de sa carrière, et il a été couronné par ses pairs « roi du boléro ». Faites comme Mario et Blanca, comme moi, écoutez-le.

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