Meurtre en « la » majeur – Morley Torgov

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Les musiciens sont névrosés, les compositeurs sont malades de jalousie, les accordeurs de piano sont dangereux et la musique n’adoucit pas les mœurs !

Nous sommes en 1850 et depuis une dizaine d’années, Robert Schumann est installé avec Clara Wieck dans la vie conjugale, après l’opposition violente et juridique de son beau-père qui semble en avoir pris son parti. Les Shumann font salon dans leur hôtel particulier de Düsseldorf, organisent concerts et lectures. Ils sont célèbres, courtisés, mais également jalousés, entourés d’admirateurs et d’ennemis. Robert Shumann, hypocondriaque, dépressif, glisse inexorablement vers la folie qui le mènera en asile psychiatrique, de plus en plus sujet à des phobies, des crises d’angoisse, des vertiges, et un acouphène qui entraînera des hallucinations.

Tout cela est bien réel historiquement et l’auteur saisit l’occasion pour faire entrer, dans une fiction, le personnage de l’inspecteur Hermann Preiss, qui, appelé au domicile du maestro, se voit investi d’une mission des plus insensées  : Shumann est persuadé que quelqu’un, dans son entourage, cherche à le rendre fou, demande qu’on découvre et qu’on arrête ce coupable. Il est persuadé que le « la » de son instrument est accordé trop haut. Ce « la » est un faux ! L’aimable inspecteur connaît les errements du virtuose, mais il est mélomane. D’ailleurs, son attachement amoureux pour Héléna, jolie violoncelliste, -très libre pour son époque, je trouve- l’aidera bien à propos dans une enquête auprès des nombreux amis et parasites du couple Shumann. Chacun semble avoir quelque chose à se reprocher et le limier, habitué à des enquêtes autrement plus sordides et aux bassesses de l’âme humaine, se met à soupçonner tout le monde : le jeune Litz, drapé dans une cape noire, le journaliste prêt au chantage, et même Clara, aurait-elle un amant, ce Johannes Brahms ? Et tous pourraient bien être complices.

Ni pistolets, ni couteaux, ni même de lettres anonymes, rien qu’une fausse note. Par conséquent, pas d’enquête officielle, car la police veille à la bonne réputation de la ville et le supérieur de Preiss refuse que l’on se mêle à ce qui apparaît comme élucubrations. C’est alors qu’un meurtre survient. Un malheureux journaliste est victime d’un coup de diapason. Mort. L’inspecteur doit désormais mener son enquête sous la pression de sa hiérarchie.

L’auteur ne manque pas d’humour et me fait suivre ainsi, dans Düsseldorf pleine de musique, des personnages que je connaissais sous un autre jour, une histoire de la musique où l’ascension de l’un peut provoquer la chute de l’autre, où les oppositions de styles provoquent jalousies et complots. Que l’un de ces personnages puisse être découvert comme coupable me semblait, lors de cette lecture, comme un peu osé. Ils m’ont paru, à ce titre, assez malmenés par l’auteur.

Morley Torgov, canadien, né en 1927, est écrivain, humoriste, et avocat. Son héros Hermann Preiss apparaît également dans son roman « Le maître-chanteur de Minsk« .

Clara Wieck, née à Leipzig en 1819, décédée en 1896, épouse de Robert Shumann, fait partie des grands maîtres de la musique romantique. Elle a composé ce « Concerto pour piano en la mineur » en 1833. Francesco Nicolosi est, comme on l’entend, italien, né à Catane en 1954, où il dirige, depuis 2015, le Théâtre Massimo Bellini.

 

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