Entre ciel et terre, La tristesse des anges, Le cœur de l’homme – Jon Kalman Stefansson

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J’ai attendu longtemps pour écrire sur cette trilogie de Jón Kalman Stefánsson. Peut-être avais-je envie, avant de le faire, de me rendre en Islande, pays que je ne connais pas. A bien réfléchir, non. Je préfère définitivement les contrées au climat de soleil. Il me plait, il me suffit, d’imaginer un pays à la fois sublime et farouche, sans superflu, comme l’écriture de cet auteur. Parce que lire son œuvre, c’est accepter que seulement l’essentiel sera offert sans apprêt, sinon on risque de passer à côté. Et puis, les phrases sans prétention sont très belles, prenez le temps de vous y attarder. Comme c’est écrit en islandais, je me suis demandé bien des fois à partir de quoi Eric Boury, traducteur, pouvait bien y trouver le sens. Sans doute connaît-il bien les durs hivers qui ne finissent pas, écoute-t’il la mer vaste et insondable lorsqu’elle parle des âmes qui reviennent, lui arrive-t’il d’apprécier, à la couleur d’une herbe naissante, le retour du soleil. Le travail doit nécessiter, face à une langue si éloignée du français, un ciselage précis, délicat, d’artisan et de poète, que je ne peux qu’admirer. Lorsqu’ainsi, il m’arrive de lire une œuvre traduite, je me dis que, peut-être, le texte y gagnerait, dépassant l’œuvre originale. Dans « Entre ciel et terre », l’auteur affirme que c’est le cas de la traduction islandaise de « Paradis perdu », de Milton, par Jon Porlaksson. Aucun lecteur, d’ailleurs, ne lit la même chose qu’un autre, tout comme le traducteur qui interprète le texte à travers le prisme de sa culture et de sa sensibilité.

L’histoire à trois tomes a lieu en Islande à la fin du XIXème siècle. Le pays est extrêmement pauvre, dominé par le Danemark. La vie est dure, les actes se répètent, vitaux, nécessaires. La pêche, la distribution du courrier, l’enseignement et la tenue de l’estaminet, sont menés sobrement. « Le gamin », dont on ne connaîtra pas le nom, car il est ainsi appelé par l’ensemble des personnages, évolue au centre de l’histoire. C’est qu’il doit, face aux conditions si difficiles de la vie, faire ses preuves, énoncer lui-même, en quelque sorte, ce qu’il est en devenir, comment on le nommera quand il sera grand, lorsqu’on aura cesser de baisser le regard pour lui parler. Il va ainsi de l’un à l’autre, apprenant le sens de la vie, du monde sans concession dans lequel il grandit, auprès des quelques personnages récurrents, Geirþrúður, indépendante et belle, Jens, le postier, Bardur, le pêcheur poète, auprès des âmes qui émergent des vagues. Il entreprend un voyage, tant spirituel que physique, sans pitié dans les deux aspects, dans une nature dominante qui l’accule à la lutte, et qui pourtant semble l’aimer, qui lui apprend qu’on ne la dompte pas. Dans le premier roman, « Entre ciel et terre » , c’est la mer qui constitue le décor central. Elle malmène les hommes et leurs âmes, mettant en danger les barques frêles. Elle nourrit de poissons son peuple Islandais, soumis comme en reconnaissance. La neige, dans « La tristesse des anges« , contraint elle aussi les voyageurs à une résistance permanente. Les montagnes surplombent les paysages et les destinées, comme de sombres et pourtant blanches divinités. Il faut les franchir, les braver dans le froid pour traverser l’île. Mais quand arrive le printemps, dans le troisième tome de l’histoire « Le cœur de l’homme« , la nature, comme un pardon qu’elle accorde, parait moins hostile et les vallées verdissent sous le soleil, se révèlent accueillantes, amicales. Se content alors récits d’amour et de croyance, de poésie mélancolique.

C’est cette poésie, qui, selon l’auteur, porte secours aux êtres perdus. Il nous fait croire au pouvoir des arts, certain que la littérature est porteuse d’espoir et de vie. La trilogie de Jon Kalman Stefansson proclame l’amour des lettres qui change les femmes et les hommes, le cours de leur existence et permet de s’émanciper, d’affirmer les cultures, de faire de la résistance. C’est ce que raconte, entre les lignes, le si dur voyage, initiatique sans nul doute, du gamin, dans le froid de la mer qui parle des pêcheurs ensevelis, dans la montagne glacée qui domine les villages et les engloutit dans l’hiver. Le réveil de son cœur d’homme, dans la lumière du printemps, dans le sourire bienveillant des femmes et le flamboiement d’une rousse chevelure, fait naître en lui la conscience de pouvoir être amoureux, de prendre le temps de vivre, d’écrire et d’être libre.

Jon Kalman Stefansson est né en 1963 à Reykjavik. Après des études littéraires, il enseigne et rédige des articles pour le journal Morgunblaðið. Depuis 2000, il se consacre totalement à l’écriture.

Minimaliste, le style éthéré de Sigur Ros, groupe islandais, convient à la lecture des oeuvres de Jon Kalman Stefansson. Le jeu de guitare à l’archet de violoncelle, la voix de tête, font la spécificité du groupe. Il a été formé en 1994. Si, depuis le début, il a subi beaucoup de changement, Jonsi, chanteur et guitariste, est toujours présent.

 

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