Le coeur du pélican – Cécile Coulon

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J’avais commencé à le lire, je l’avais mis de côté, et voilà qu’il me revenait du fond d’un carton de livres qu’on me rapportait de mon ancienne adresse. Comme ce weekend je manquais cruellement de lecture, il est bien tombé.

Je me suis souvenu du peu d’intérêt que j’avais eu à la lecture de quelques feuilles. Où l’auteure me menait-elle, avec cette histoire d’adolescents, frère et sœur complices, pas contents-du-tout de déménager, qui avaient du mal à s’intégrer dans la nouvelle école ? Anthime (quel nom !), était un enfant trop sage, trop silencieux, incapable, peut-être, d’exprimer son mal-être de devoir vivre dans un endroit qu’il jugeait sans intérêt. Quand il s’était mis à faire son intéressant et à courir, je m’étais dit que la rage de vaincre prendrait le dessus et que ce sport, une bonne transpiration sur la ligne d’arrivée, l’avenir radieux sur les stades, ça lui ferait peut-être du bien, mais ça n’allait pas me distraire beaucoup. Ses amours avec sa voisine Béatrice, petite peste ambitieuse et déterminée, de plus, de me m’augurait que la déception de l’athlète en herbe. C’est ainsi que j’avais laissé ce récit, que j’avais oublié.

Je retrouvai donc le volume délaissé et repris le cours de la vie du prodige de la course à pied, surnommé « Le Pélican », (il arbore sur son tee-shirt l’effigie de l’animal). Mais il tombe, se blesse, abandonne le sport et la pulpeuse Béatrice qui n’est plus pour lui. Il épouse la maigrelette Joanna, plus encline à consoler son corps et son âme meurtrie. Bien sûr, il devient un peu bedonnant, à l’aise et bien propre sur lui, dans une maison joliment décorée. Alors qu’il se rend à l’enterrement de son ex-entraîneur, ses anciens camarades se moquent un peu du sédentaire qu’il est devenu. Le naturel combatif, le désir de reconnaissance d’Anthime refait surface, il se remet au sport et décide de redevenir populaire, projette de faire le tour de France en courant.

Se remettre à l’exercice, arrêter de fumer, décider de mener une vie plus saine, se reprendre en main, sont peut-être vus, généralement, comme étant plutôt bénéfiques. Ce que le lecteur est amené à considérer dans ce récit est tout autre. C’est qu’Anthime n’est pas un héros sympathique, encore moins que lorsqu’il était plus jeune. Maintenant, à l’âge de quarante ans, son égotisme s’avère infiniment plus fort. C’est un homme frustré, installé dans une vie qu’il ressent comme étriquée, qu’il déteste. Alors, lui importent peu son épouse, ses enfants, qu’il abandonne pour courir. Il aime toujours sa sœur, de façon très ambiguë, comme l’adolescent qu’il fut, et l’on comprend qu’il pense avec regret à son amour pour Béatrice. Il rejette de manière violente tout ce qu’il a construit, se remet à aimer la foule, à vouloir briller et vaincre, se distinguer.

Le récit est intense, porté par l’émotion. J’avais du mal, en l’ayant terminé, à croire qu’il était écrit par une jeune femme de vingt-cinq ans, parlant ainsi du sport et de la souffrance qu’engendre le désir de devenir le meilleur, de la gloire et des fragilités des sportifs. Ce récit, en cela, est une prouesse, tant l’écriture est à la fois violente, rageuse et profondément sensible, surtout lorsque l’on suit Anthime dans sa course, dans ses pensées de haine à l’égard de Joanna qu’il accuse de l’avoir détruit, son envie de posséder Béatrice, l’amour qu’il porte à sa sœur, son ambition humiliée. Ce sportif n’aime pas le sport, il aime gagner.

J’appris que l’auteure avait commis une thèse, « le sport et la littérature ». Mais le sujet, même s’il est parfaitement traité, ne me passionne pas et je n’ai eu de sympathie pour aucun des personnages. De plus quelques formules, des métaphores, dont d’ailleurs celle de cet oiseau qui offrirait, dit-on, son cœur pour nourrir les siens, ne m’ont pas convaincue. La fin, un peu à l’arrachée, m’a déçue.

A propos de course à pied, écoutons Jean Jacques Goldman qui a composé  « Le coureur » en 1997. Cette chanson, tirée de l’album « En passant », évoque les championnats d’athlétisme auxquels participaient des montagnards kenyans appelés à devenir des supports publicitaires pour Nike. Emu par leur spontanéité, leurs sourires, par leurs maladresses lorsqu’ils sont abordés par le public, il écrit le texte et la musique.

 

 

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