Orange is the new black – Jenji Kohan

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Je viens d’en sortir. La porte de la sixième saison vient de se fermer derrière moi. Avec Piper Chapman, j’étais entrée dans la prison de Litchfield. Ma nouvelle copine avait été rattrapée par son passé : la blonde étudiante, jeune fille de bonne famille, choyée par ses parents, tentée par l’aventure et par l’argent facile, avait accepté de jouer les mules pour un narco-trafiquant. Quand je l’ai connue, elle avait depuis longtemps tourné la page. Elle était alors nantie d’un fiancé propre-sur-lui-bien-comme-il-faut et s’apprêtait à un avenir rangé. Mais voilà : dénoncée, elle avait écopé de quinze mois. Et moi de soixante-dix-huit épisodes !

Il fallut revêtir l’habit orangé, tenue un peu trop large à mon goût mais qui, comme un slogan de modeuse, devait être le « Nouveau Noir de l’Année », en référence aux exergues des faiseurs de style ; un de ces magazines, en effet, lançant le bleu comme tendance de la saison, titrait : « le Bleu sera le nouveau Noir », afin d’habiller ainsi le chic bon genre de Manatthan et autre cities.

Le livre de Piper Kerman a inspiré cette série. Je ne l’ai pas lu. Consciencieuse quand même, je pris quelques avis de lecteurs. Il apparaît que cette biographie fait état de la vie des prisonnières et de la difficulté de réinsertion et dénonce un système judiciaire américain très coercitif et peu soucieux de réinsertion.

La série devant laquelle je viens de passer une bonne partie de la semaine démontre, sous un éclairage plutôt cru, la perversité d’un système carcéral qui se privatise en faisant, par conséquent, vivre une partie de la population, offrant quelques bonus à des actionnaires qui n’hésitent pas à fournir des unités de productions très avantageuses. Nous sommes en Amérique, où l’un des fondements est : « le Capitalisme ».

Mettant l’accent sur la liberté religieuse, le récit met le doigt sur les aspects les moins reluisants des croyances : attitudes telles que l’exclusion des groupes, les adhésions de fidèles plus intéressés par l’argent que par conviction, les faux miracles et les idolâtries fantaisistes. Elle pointe également le fait que la distinction d’un groupe religieux réside souvent en un rejet de l’autre, de celui qui ne croit pas. Nous sommes en Amérique, où l’un des fondements est : « la Religion ».

Victimes de parents indifférents, égoïstes, voire abusifs, les détenues semblent toutes avoir été condamnées par une éducation qui les conduisit à la marge. Le discours déterministe est sous-jacent, cruel : On est le résultat de son éducation. Nous sommes en Amérique, où l’un des fondements est : « la Famille ».

Dans ce pénitencier de Lichtfield, dure est la réalité à laquelle Piper se confronte : la bouffe est bien sûr dégueulasse, les matelas ne sont ni de première fraîcheur ni de bon confort, les douches sont délabrées et malodorantes. Les codétenues sont folles, méchantes, défoncées à n’importe quoi, et sexuellement très frustrées. Pas toutes. Les gardiens sont bêtes, cruels ou incompétents, corrompus et plutôt excités charnellement. Pas tous. D’un tableau plutôt sombre émergent quelques moments d’humour, d’émotions, même s’ils sont empreints de ce qu’il y a de plus caustique et dérangeant. C’est que Jenji Kohan possède le sens de la réplique et développe une adresse incroyable de la chute qui m’entraîna en streaming d’un épisode à l’autre. Elle se joue des codes, mélange les thèmes, de manière pertinente et drôle. Alors qu’elle aurait pu faire du personnage de Piper le centre de l’intrigue, ce n’est pas le cas : autour, gravite un collectif de personnages, interprétés par de formidables acteurs, au jeu profond et sans fard. Au fil des épisodes, on aborde, au moyen de flash-backs, les petits souvenirs de leurs vies abîmées, comme des moments de respiration entre amours lesbiennes, châtiments et trafics de drogues dures. Le chaos, l’émeute, amèneront les détenues à prendre le contrôle de l’établissement. Les personnalités s’affirmeront face à cette inversion de rôles et de conditions. L’anarchie ? Pas sûr.

A chaque fin d’épisode, un morceau de musique. Le choix est non seulement adroit, mais éminemment esthétique. Tous magnifiques. C’est pour ça que je choisis au hasard ! Ce sera I’m not afraid of love, par Sharon Clark.

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