My absolute darling – Gabriel Tallent

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Parce qu’il est certain que le monde court à sa perte, Martin éduque seul sa fille de façon autoritaire, violente et destructrice jusqu’à la folie. L’amour exclusif, immodéré et malsain, isole l’adolescente privée de son libre-arbitre, la rend incapable de faire des rencontres, de se confronter aux autres jeunes, perdant jusqu’à son identité, refusant le prénom de « Julia » au profit de celui de « Turtle », ainsi qu’elle se nomme personnelement, ou à « Croquette », petit nom que lui attribue son père. Ils vivent ainsi, dans l’ancienne ferme perchée sur une falaise, cachée par les sumacs, menacée de décrépitude, avec, pour seul voisin dans une caravane immobile, Papy Jacob prisonnier de son addiction à l’alcool. Les apprentissages de l’enfant dressée à se méfier de tous résident surtout dans le maniement des armes. Je crois bien être capable moi-même, grâce à elle, de démonter, nettoyer et remonter un « Six-Hours », ce pistolet que je ne connaissais pas jusqu’à ce jour. Pas de doute, nous sommes en Amérique ! Dans cette Californie éloignée des stéréotypes, bordée d’un océan mal nommé Pacifique, dans les étendues sauvages de forêts où évoluent puces et tiques, tarentules et scorpions, pumas et serpents, celle que l’on surnomme « Turtle » tire les enseignements de la nature, s’en nourrit, s’y plonge avec prudence et volonté. Elle admire et déteste ce père à la nature complexe et ambiguë, écologiste et survivaliste qui se nourrit de lectures philosophiques, justifiant ses actes par un rejet de l’humanité, qui tantôt la maltraite psychologiquement et la torture, tantôt la console et la chérit. Elle pressent qu’elle doit lui échapper, qu’elle doit s’émanciper de l’emprise de ce manipulateur, mais craint de perdre l’amour que lui seul lui apporte.

La lecture pourrait devenir éprouvante tant le texte devient violent et cru. Mais le style, sec et dur, est très fin, surtout lorsqu’il se teinte d’un naturalisme éclairé en évoquant les paysages, faune et flore, lorsque dans les scènes les plus violentes l’auteur tient à rappeler que l’être humain, souffrant de sévices, se révèle capable de puiser résistance et espoir. Suivant l’adolescente dans ses pensées, parsemant son récit, de façon récurrente, par « elle pense… » l’auteur nous fait toucher du doigt la personnalité intime et profonde de Julia, plongée dans l’angoisse, dans le déséquilibre et, malgré cela, dans sa foi tenace de sa capacité de survie.

Gabriel Tallent est originaire du Nouveau-Mexique. Il vit à Salt Lake City. A l’âge de trente ans, il livre ici son premier roman. L’ouvrage fait partie des meilleures ventes aux Etats-Unis et connaît égaleent en France un grand succès. J’admire le talent de la traductrice, Laura Derajinski, qui sert cette écriture brillante et poétique.

Agnès Bihl, féministe très engagée, est née à Neuilly-sur-Seine en 1974. Ses chansons sont le reflet de son militantisme. Elle mène ce combat en s’inspirant de Jacques Brel, Georges Brassens, Alain Leprest, Renaud ou Anne Sylvestre, mêlant dans ces textes poésie et humour.

 

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