Bordeaux, sur la route de l’indigo

redimlive

Même le ciel s’était mis à la couleur. Celle du voyage, des hommes de la mer et des sables, la couleur des yeux des amants et des blessures que l’on oublie.

Malgré la pertinente clémence de mars qui les aurait plutôt incités à se prélasser au soleil, les académiciens de la Couleur s’était donné rendez-vous pour une studieuse journée, dans la magnifique médiathèque Mériadeck de Bordeaux, lieu propre, on en convient, à la réflexion, accueillis par Marie-Pierre Servantie, présidente et Claudine Vialet, trésorière.

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J’avais enfilé mon vieux Levi’s, vérifié l’état d’un chèche qui, m’avait-t’il semblé, portait encore l’odeur du voyage, et dont la teinture puissante m’obligeait à le traiter avec d’autres vêtements de même teinte lorsqu’il avait besoin de rafraîchissement : avec tyrannie et opiniâtreté, il étendait sa couleur à toute la lessive !

Intense, profond : l’Indigo. Le 22 mars 2019, c’était le neuvième opus de la série des colloques organisés par l’excellente académie. L’univers de cette couleur s’ouvrait sur de belles histoires de marins, gabarres et caravelles, de ports proches et lointains, de commerces et de trafics… Du Port de la Lune de Bordeaux aux lointaines Indes, des îles de Bretagne jusqu’à Byzance ou Samarkand, parmi tous les bleus extraordinaires que l’on trouve sur la route de la soie, (le cobalt, le lapis-lazuli cher au peintres vénitiens, les pastels), l’indigofera suffritica et l’indigofera tinctoria se vendent et s’échangent à prix d’or. Il faut dire que ce puissant colorant est au cœur de nombreux rites et cérémonies et si le temps, lui, a passé, ce bleu reste présent aujourd’hui, nous habille et décore nos intérieurs, nous invite au voyage. Daniel Bernard, auteur de « La route de l’Or Bleu », y conte cette histoire du pigment que les Grecs et les Romains de l’Antiquité considéraient comme un produit de luxe.

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Et l’histoire ne s’arrête pas là, et Bertrand Boucquey, qui est, entre autres, styliste, rapportait aux académiciens l’histoire du blue-jeans, depuis que les mineurs du Far West revêtirent ce pantalon de travail qui devint le costume des acteurs de la culture populaire, du Blues au Rock. On aura certainement du mal à quitter ce vêtement, qu’il est aujourd’hui de bon ton de dénigrer lorsqu’on défend la planète, car il nécessite d’utiliser trop d’eau. Pas écolo, mon pantalon ? Je savais bien. Mais voilà, c’est dit. Je promets d’y penser.

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Si les teintures naturelles gardent leurs lettres de noblesse, les pigments utilisés aujourd’hui dans notre quotidien sont aussi d’origine synthétique. Charlotte Moeyaert, responsable du pôle de recherche pour l’entreprise Unikalo, en présentait à l’occasion le nuancier, expliquant les procédés de mise à la teinte. Des machines et des hommes, de la chimie, des calculs compliqués, ça me dépasse un peu, mais j’adore, dans les rayons des fournitures de peinture, retrouver ces jolis nuanciers, outils quotidiens des décorateurs et architectes, coloristes professionnels ou amateurs.

Mais même s’il existe maintenant de nombreux procédés de synthèse utilisés pour teindre et préparer des peintures, d’excellents artisans-teinturiers sont les conservateurs de techniques anciennes. C’est le cas de Caroline Cochet, qui livrait quelques secrets de la teinture japonaise appelée Shibori, Itajime ou Sukumo, des techniques ancestrales. Je me promets de la retrouver, (Atelier de Mademoiselle C) dans sa campagne de Gironde, pour découvrir des nuances que seul le teinturier peut voir, tant elles sont fugitives et subtiles au sortir de la cuve.

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C’est également passionnée par son métier de coloriste de bande dessinée qu’Elise Dupeyrat nous ouvrait quelques pages, parlait de ce métier peu connu, et même peu reconnu malgré son évidente utilité, dans le rôle essentiel et déterminant que joue la couleur dans les pages des albums.

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Puis, bavard, fringuant, savant, et excellent pédagogue, Raphaël Haumont rejoignait l’assistance studieuse en fin de journée. L’auteur des « Couleurs de la cuisine » abordait la délicate question de la coloration des mets et de ses effets sur nos choix alimentaires. Ho ! Je sais bien que l’on nous ment, que le E110, jaune orangé, ou que le rouge E120 n’a rien à voir avec les apports vitaminés. De démonstration en argumentation, il a réussi indéniablement à éclairer nos représentations sur la couleur des plats. J’aurais bien aimé repartir avec un livre dédicacé, mais son éditeur, parait-il, avait refusé que le jeune et brillant chimiste ne dédicace ce jour-là. De plus, l’ouvrage était récompensé cette année par le « Prix œilleton » de l’Académie de la Couleur. Dommage, je n’aurais pas été la seule à faire l’acquisition de l’objet lors de cet instant dédicace. Mais je me rattraperai, avec ou sans signature…

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Heureusement, j’avais pris des notes au cours de la journée pour vous parler de tout ça, et j’ai été bien aise de prendre un bon verre avec le Consul de Grèce, ce pays qui fait indéniablement penser au bleu. Rodolphe Martinez et Bernard Beraud, peintres coloristes, exposaient leurs œuvres à la galerie Arte-Coloris, quai des Chartrons.

Alors que je me rendais au dîner, je vis la Porte de Bourgogne, éclairée, comme il se devait, de bleu Indigo. Magnifique !

Depuis le 22 mars, mes rêves seront colorés, jusqu’à la prochaine rencontre de l’Académie.

Que devrais-je mettre, comme vêtement, ce jour-là ? Quelle couleur sera à l’honneur ?

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