Ce sera une bonne année !

20171229_164418J’ai d’excellentes prévisions pour 2018. J’en suis sûre, ça va être une bonne année pour tous. Le vin sera excellent et il y en aura pour tout le monde, si on veut bien partager, bien sûr. Nul doute que les chiffres du chômage se mettront à baisser dès le premier janvier et que les despotes imbéciles cesseront vers le quinze fevrier d’envoyer des missiles par ci par là. Chez Loréales se prépare un onguent miracle pour toutes les vieilles peaux, garanti non-testé sur les tortues, les shar-peis et autres amis les bêtes. Ce qui reste des pauvres abeilles vont faire plein de petits et tous les pandas du monde se réjouissent déjà des naissances à venir. On aura cessé d’asséner aux écoliers que « c’est le masculin qui l’emporte » (même si ça restera vrai encore pour un moment). Les petits morceaux de plastique bleu, gold, platinium, frémiront de joie, avec ou sans contact du côté de l’Avenue Montaigne et chez les Mousquetaires de la distribution, dans leurs commerces qui profitent à tous. On va se régaler et tous les matins on pourra déjeuner en paix. André Rieux va partir en retraite au mois de février avec Michel Houellebecq, en Patagonie, (Arthur les rejoindra en avril, il profitera de son temps libre pour apprendre à lire) et on pourra accueillir décemment, avec les économies réalisées, une bonne partie de la misère du monde. Le surplus, on le donnera à BienfaiteursansBornes pour éviter les embouteillages à Calais.

2018, ça va être bien ! En plus, on va guérir, c’est sûr. Bonne santé à tous !

Léo Ferré nous avait déjà promis la mer à deux pas de l’étoile, l’hiver avec des cigales, tous nos discours finiront par « Je t’aime »… La chanson, composée en été 1959, fut interprétée à la radio en septembre, puis en 1961 au théâtre de l’Alhambra. 

 

 

On y croit !

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Bonnes fêtes de fin d’année à tous ceux qui croient au Père Noël. Je suis des vôtres et je persiste à faire connaître au rouge grand-père, par courriers de toutes sortes y compris signaux de fumée et envois de pigeons, mes désirs avoués et inavouables : un flacon de « Jicky », (celui d’Aimé Guerlain, le parfum anti-conformiste de l’année 1880), les rêves de jeunesse éternelle, de santé florissante et d’amants vigoureux à la fois créatifs et tendres, et même l’invention rapide de la téléportation (j’aime les voyages mais je n’aime pas attendre dans les salles d’embarquements que la grève soit levée).

Le vieillard caduc, couvert de neige, n’existerait pas ? Tant pis si c’est un mensonge ! Si ce n’est pas vrai « pour de vrai », ce qui est réel c’est quand même la générosité qu’il incarne, le don, l’amour, la fête merveilleuse. C’est ainsi que chaque année à la même date, vous et moi, crédules, nous nous tournons vers notre propre enfance, tout en sachant bien que tous les jouets de la liste ne seront pas dans nos souliers ! Tous les ans, le papi en question fait comme il peut, demain soir nos petits et grands souliers seront garnis et ce sera sans doute encore une fois très bien. Je ne sais pas pour vous, mais j’ai pour ma part acquis (depuis peu !) la sagesse de ne pas prendre mes désirs pour des réalités. Pas besoin de psychanalyse pour m’aider à perdre mes illusions !

Le 24 décembre 1951, les autorités religieuses de Dijon pendirent, aux grilles de la cathédrale, puis brûlèrent sur le parvis une effigie du Père Noël, accusé d’être une idole païenne faite pour détourner du véritable événement à fêter en la nuit du 24 au 25 décembre : la naissance du Divin Enfant. La réaction de la grande majorité des Français ne se fit pas attendre. « Touche pas à mon Père Noël ! », hurla-t’on, et Claude Lévi-Strauss invita ses lecteurs, dans un article intitulé « Le Père Noël supplicié », à réfléchir aux raisons d’une défense aussi passionnée d’un personnage dont le culte n’existait, en fait, que depuis un demi-siècle. L’ethnologue, enchanté d’avoir l’occasion d’observer la croissance rapide d’un mythe et de son rite, comparait le phénomène avec d’autres croyances, comme celle de Saint-Nicolas, des Katchninas des indiens Pueblos ou des Saturnales romaines, dans lesquelles on offre et reçoit cadeaux et félicités. La généreuse distribution de cadeaux symboliserait ainsi, au pic de l’hiver et des difficultés, le triomphe des forces vives sur les puissances avares. De quoi nous inciter à croire au Père Noêl, non ?

Et puis, « rien n’est plus triste qu’une désillusion », disait Arthur Koestler, l’auteur du fameux ouvrage « le Zero et l’Infini », dans lequel il est question d’autres croyances et d’autres déceptions !

Un petit air de Cosma, pour fêter ça ?

Ah ! Vivement Noël !

20171031_112435.jpgAlors que nous ne sommes qu’à mi-novembre, je vois déjà apparaître en ce moment toutes les versions du fameux calendrier de l’Avent, inventé par les Allemands au dix-neuvième siècle pour faire patienter les chères petites têtes blondes en attendant le Père Noël, une jolie invention, aussi, que celui-là, avec son harnachement aux couleurs de Coca-Cola ! Les vingt-cinq petites fenêtres vont s’ouvrir sur les niaiseries habituelles et gourmandises à caries. Les modèles sont variés, il y en a à tous les prix, des magasins low-coast aux boutiques du Faubourg Saint-Honoré, et on peut même réaliser la merveille soi-même, (rendez-vous sur les nombreux sites de « Dot It Yourself ») avant de l’exposer en bonne place. C’est charmant. Il n’y en a pas que pour les enfants, non. J’en ai vu même sous forme d’un pack de vingt cinq bières, et on verra peut-être un jour la lucarne s’ouvrir sur quelque éphèbe du stade ou sur un paquet de Marlboro à sept euros trente. On va bien s’amuser ! On fera attention de bien orthographier « avent » avec un « e », ce qui devra donner lieu à une docte explication pour éviter la confusion avec « avant » : En latin, Aventadventus, signifie arrivée, venue”. De qui, de quoi, la venue ? Bah, de Jésus, bien sûr, qui va naître le 25, et là, c’est la grande mélangerie, on ne sait plus ce qu’on attend, du Grand-père Gâteau ou du Messie. Bref. On attend et ça va venir de toutes façons. L’objet, pour les chrétiens, serait une aide pour se recueillir, et, pour les autres, une manière ludique de savourer l’attente en faisant semblant que l’avenir leur appartient. Mais… n’est-ce pas une drôle de façon d’apprendre à vivre à ces délicieux bambins déjà si pressés, que de compter le temps de cette manière ? Le présent est-il si ennuyeux, qu’il faille toujours attendre un autre jour ?

Pourtant, au coeur des sagesses anciennes, abordé par nombre des philosophes comme Epicure et Sénèque, le savoir vivre l’instant présent demeure aujourd’hui une véritable quête. Mais à l’heure de la recherche effrénée de productivité, des sollicitations consuméristes, comment s’arrêter sur une sensation, un plaisir de l’instant, seule réalité face à ce qui n’est qu’une représentation mentale de ce qui sera, peut-être ?…

Le plus grand obstacle de la vie, c’est l’attente qui dépend du lendemain et perd le jour présent. » (Sénèque)

J’aurais pu vous faire écouter la fameuse ritournelle du film « L’homme qui en savait trop » : « Que sera, sera, whatever wil be, will be » qui parle de l’avenir,  mais j’ai choisi cette chanson de Charles Aznavour qui évoque si bien l’instant. Ici et maintenant !

 

 

 

 

Rêve d’octobre (октябрь)

20170930_112104.jpgAvant 1918, la Russie se référait au calendrier julien. Alors, ça veut dire que la Révolution d’Octobre s’est passée en novembre. Tant pis. On reste comme ça. On n’est pas à quelques jours près ! De toutes façons, le soulèvement avait bien commencé avant. Déjà, en mars, poussé par les manifestations, le tsar n’avait-il abdiqué, laissant la place à un gouvernement provisoire, mené par le Parti Constitutionnel Démocratique ? Les conseils, déjà, s’étaient formés dans les grandes villes, comme à Petrograd, et dans les villages les plus reculés. Et puis, entre la mutinerie des marins du Potemkine, en 1905, jusqu’à la révolte de l’équipage du cuirassé Petropavlovsk en 1921, à Kronstadt, qui fut suivie par la population ouvrière, la colère russe n’avait cessé de gronder, et le risque était grand de réduire la Révolution d’Octobre à une péripétie politique entre d’autres. Mais en France, la mémoire, très vive, de 1789 rend toujours sympathique ce genre de mouvement enfin, surtout dans les couches populaires, bien sûr ! Si cette Révolution d’Octobre reste le symbole fort du soulèvement de tout un peuple, ça n’empêche pas de relire quelques pages d’histoire.

Mais si je pense à Lénine en ce moment, c’est que l’envie me tient toujours d’aller faire un tour à Saint-Petersbourg. Je rêve de promenades sur la Perspective Nevski, où je croiserai certainement Dostoïevski, Pouchkine, et d’autres écrivains persécutés de la Révolution, contraints à émigrer devant le pourvoir qui s’installait.

Mais voilà, j’hésite. M’y rendre en juin, quand le soleil ne se couche pas, que l’on fête ces nuits blanches en musique et en jeux, ou en hiver sous la neige, quand la Neva est prise dans les glaces ?Si j’ai froid, je m’arrêterai pour boire du chocolat chaud, ou de la vodka ! Juin ou décembre, en tous cas, voilà : j’ai trop envie de visiter tous ces palais d’ors et de couleurs, de voir les ponts, qui la nuit, s’ouvrent pour laisser passer les bateaux, d’admirer, au musée de l’Ermitage, quelques merveilles, et notamment des peintures de Rubens, quelques oeuvres de Goya, Picasso ou Renoir, prises de guerre aux nazis. Oui, j’ai envie de voir tout ça, et plein d’autres choses.

Promis, je vous écrirai ! Comme d’habitude.

Pas qu’un peu en révolte, Damien Saez, depuis les années 90, exprime très clairement ses idées sur le monde d’aujourd’hui. Proche de l’expression de Noir Désir, il trouve son inspiration dans les textes de Jacques Brel, qu’il admire, de Barbara et dans la poésie de Baudelaire. Ecoutez-le nous parler de Saint-Petersbourg.

Damien Saez – A Saint-Petersbourg

 

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Il humoit le piot !*

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En cette rentrée, il nous faudra fréquenter Rabelais. Car si Septembre est le mois de bien des catastrophes et drames historiques, aussi Noir qu’en Jordanie en 2004, aussi sanglant qu’en France en 1792, puis en 1870, aussi violent et meurtrier que Nine Eleven, c’est aussi, ainsi que les hommes vivent, le mois des vendanges et de la bonne chère. En 1534, l’homme publie « Gargantua ». Bon vivant dès sa naissance, ce très gros bébé aime, bien sûr, le lait de sa nourrice, mais comme il faut faire taire le loupiot, Grangousier, son père, ordonne qu’on lui donne du vin, de la « purée septembrale ».  Le gourmand vide hardiment le pichet, en réclame encore.

Nous irons donc goûter le vin nouveau, et pourquoi pas, en même temps, celui des années passées. Avec cela, avalerons quelque fouace, fouasse, fougasse ou fouée, selon la région où nous trouverons. Pour Rabelais, il s’agit certainement de celle du Saumurois, délicieuse brioche ronde. Comme je suis nantaise, j’irais quérir la mienne auprès des fouaciers du quartier de Chantenay à qui je ne chercherai point querelle comme les bergers de Rabelais**, car je crains la colère picrocholine. Ils ne refuseront point leur commerce, me bailleront, pour mon argent, une étoile à six branches, thparfumée de fleur d’oranger, que je mangerai réchauffée au four. Ma septembrale purée sera de vin blanc un peu pétillante car elle aura déjà un peu « travaillé ». Et, le 22, j’aurai pour Georges Brassens une petite pensée, lui qui aimait le bon vin et qui refusait le chagrin. D’ailleurs, aujourd’hui plus qu’hier, du 22 septembre, il s’en fout !  

Le 22 septembre – Georges Brassens

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* Gargantua, chapitre VII : Il vida le pichet.

** Gargantua, chapitre XXV : Les fouaciers de Lerné, sujets de Sa Majesté Picrochole, ne furent point enclins à faire commerce avec les gens de Gargantua, mais les outragèrent grandement, les appelant « trop-dieux, brèche-dents, plaisants-rousseaux, galliers, chienlits, averlans, limes-sourdes, fainéants, friandaux, bustarins, talvassiers, rien-ne-vaux-, rustres, chalands, happe-lopins, traine-gaines, gentils-floquets, copieux, landorés, malotrus, dandins, beaugeards, taisez-gaubregueux, goguelus, claque-dents, boyers d’étrons, bergers de merde » et autres épithètes diffamatoires, ajoutant que point à eux n’appartenait de manger de ces belles fouaces, qu’ils devaient se contenter de gros pain et de tourte.

 

Heliotropismes

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Juillet, mois de César, comportait trente et un jours. Voyant cela, Auguste donna son nom au huitième mois et mit à mal février, pour lequel il devait éprouver quelque mépris, histoire de faire le compte. Na ! C’est petit, il aurait pu prendre deux jours et ainsi, faire de « son » mois le plus long de l’année. On se serait contenté, patricien, citoyen et même plébéien ou esclave, de ce décompte qui semble revenir de droit aux grands de ce qui fut le monde romain.

L’habitude, en la saison, me pousse vers la mer. Reviennent alors à ma mémoire les odeurs d’Ambre Solaire, vantée par la pin-up en jaune sur les trottoirs des stations balnéaires. Moi qui n’ai jamais obtenu que l’écarlate sur ma peau de rousse, et quelquefois des traces disgracieuses que portait mon épiderme désquamé par la brûlure malgré force huiles et embrocations ! Je me suis dit, bien plus tard, qu’il était de meilleure idée de se conduire comme les dames du dix-neuvième (siècle, bien sûr !) qui tenaient à se différencier des paysannes à la peau burinée. Leurs filles du vingtième (siècle, bien sûr !) cédèrent pourtant à la mode du bronzage à l’image de Coco Chanel, égérie de la liberté des corps et de la bonne santé sportive. Il faut dire, n’est-ce pas, qu’à ce moment-là, les classes laborieuses, désormais confinées dans l’antre des usines, se virent frappées de pâleur ! Pour les autres, vivent les bains de mer et la mélanine, jusqu’à vouloir ressembler à Joséphine Baker. Le bronzage devint un « must » qui finit, dès 1936, par s’étendre à tous.

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Comment aurais-je résisté, dans les années de ma jeunesse, à la mode du bikini, qui sévissait depuis sa création en 1946 par un certain Louis Reard ? En 1960, toute la France allait à la plage, toutes classes confondues, et l’atoll de Bikini méritait mieux que la mémoire de la bombe !

Hippocrate lui-même recommandait l’exposition au soleil, comme thérapie contre les maladies bactériennes, les douleurs osseuses. Auguste, né à peu près quatre siècles après le père de la médecine, a bien dû suivre son ordonnance. Pourtant, il est mort en prenant le soleil du mois d’août, en 14 après J.C. Le 19, dit-on, il n’est même pas allé jusqu’au bout. C’était bien la peine !

Eh, oui, c’est Dalida, en 1960, qui chante, et même pas en maillot de bain ! Présentée par Jaqueline Joubert (archives de l’INA)…

Dalida – Itsi bitsi Bikini

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Rendons à Jules…

20170630_090756 (4).jpgBien obligés, serons-nous, tout ce septième mois de notre calendrier, de penser à Jules César. C’est Auguste, en un geste éponyme, qui en décida ainsi afin d’honorer le brave homme, né, probablement, le 13 de Quintilis, cent années avant Jésus-Christ. Comme c’est le temps des moissons, on tâchera aussi de se souvenir que si l’on prend maintenant, la plupart du temps, des congés à cette période, c’est pour récolter que l’on a semé. Juste retour des affaires, puisque jusqu’à nouvelles mesures gouvernementales (on ne sait jamais !), ceux qui travaillent toute l’année pourront profiter de vacances pour faire leur jardin ou pour voir d’autres soleils. Et comme les résultats du baccalauréat seront bientôt publiés  les bons élèves auront le droit de faire la fête. Les autres se rattraperont. Je leur conseillerais bien de danser quand même, de commémorer le Jour de la Fédération de 1790 plutôt que la prise de la Bastille et la violence des meurtres que l’on appelle « Révolution », d’avoir une pensée pour tous les pays qui fêtent, en ce mois, leur indépendance, comme les Etats-Unis, bien sûr, mais également le Pérou, la Colombie, les Comores. Afin de rêver d’un temps où tous les peuples fonderaient les célébrations nationales sur ce qui est positif, sur la prise de la liberté, l’indépendance, la construction.

Et vous, alors que la fête s’organisera encore autour de deux rituels fondateurs, que préférerez vous le 14 ? le défilé militaire, ou le bal populaire ?

Comme je préfère la chanson à la musique militaire, je pense à Léo Ferré, mort chez lui 14 juillet 1993. Quelle ironie, n’est-ce pas, pour ce libertaire, fidèle jusqu’au bout à cette philosophie, au journal « Le libertaire », à la radio et et au « Théâtre libertaire », à la « Fédération anarchiste ». Il décrira cette pensée comme une forme de solitude et d’amour, et comme « la formation politique du désespoir ».

A tous ceux qui récoltent et qui moissonnent, je souhaite un bon mois de juillet. 

Graine d’ananar – Léo Ferré

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Tant de cerises !

20170529_122930[972]La commune est morte. Dimanche 28 mai 1871, en début d’après-midi, les combats ont cessé. Devant le mur des Fédérés, cent quarante sept corps de communards fusillés ont été jetés dans une fosse ouverte par les Versaillais. D’autres exécutions auront lieu dans cet infiniment triste mois de juin ; au moins, dit-on, mille quatre cent. Beaucoup, ensuite, seront emprisonnés, déportés, comme Louise Michel, en Nouvelle-Calédonie. Revenue en France, cette institutrice continuera à militer en faveur du prolétariat. C’est à elle que sera dédié « Le temps des cerises », fameuse chanson d’amour mille fois reprise, écrite en 1866 par Jean-Baptiste Clément, ce chansonnier au répertoire un peu oublié, (mis à part « La semaine sanglante », inspirée par le massacre des communards,  et… l’innocente ronde « Dansons la capucine »). C’est que Jean-Baptiste, un peu amoureux de Louise, vaillante infirmière et ambulancière pendant les combats, était lui-même militant du Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire, comme son camarade qui lui en offrit la musique, Antoine-Aimé Renard, ténor d’opéra, ouvrier fondeur ! Cette chanson, évoquant le printemps et l’annonce heureuse des cerises, bien que n’ayant pas été chantée pendant les événements de la Commune, est pourtant associée à ce souvenir et devint une métaphore de la triste fin de l’histoire, les fruits rouges représentant les impacts des balles. Avec ça, on commence à comprendre pourquoi les trilles des merles moqueurs et des gais rossignols se mêlent aux cris de révolutions, pourquoi ces paroles de romance aux accents un peu surannées connurent ce destin, révélant un fort potentiel politique.

J’aimerai toujours le temps des cerises, malgré le lourd souvenir que la France populaire garde au cœur et malgré la plaie ouverte sur les désillusions. C’est le temps des dîners au jardin, et si l’on a la patience car les jours sont longs, on allumera les lanternes et l’on chantera l’amour et l’espoir.

On a tous chanté le temps des cerises, de Mado Robin à Barbara Hendricks qui, le 10 janvier 1996, adressa la ritournelle à François Mitterrand à la Bastoche, de Mouloudji à Charles Trenet qui le swingna en 1942 pour, dit-on, agacer l’occupant allemand, et même Noir Désir, en version rock. Mais j’aime toujours la voix de Montand, qui savait au moins de quoi ça parlait.

 

 

 

Mai, oui mais !

2017-26-4--16-32-56.jpegOui, le voilà, le joli mai. Le temps du muguet, le temps des fleurs… On va faire honneur, comme il se doit, à la végétation, aux sources jaillissantes, à la fécondité. Enfin, tout ça c’est du folklore. N’empêche ! Certain printemps, lorsque mouvements de grèves sauvages et générales, occupation de notre Sorbonne, prise des usines et lancers de molotov rue Gay Lussac et ailleurs, aboutirent à quelques accords non négligeables, la société post-moderne pensait pouvoir se vanter joyeusement d’avoir mis fin, comme à un tardif hiver, à l’autoritarisme de la morale, de la religion, du paternalisme, prônant le renouveau, la conscience humaniste et la liberté. Pas de rupture, donc, symboliquement, avec une belle idée de la nature féconde et jaillissante ! J’y étais ! Et selon le slogan de l’époque, j’étais réaliste, puisque je demandais l’impossible. Il y a aura bientôt cinquante ans !

Mais… je refuse encore aujourd’hui que l’on minimise la portée de ces journées d’insurrection. Des acquis sociaux, conséquence de cette révolte, sont les traces tangibles que certains veulent aujourd’hui effacer, allant jusqu’à la juger responsable de tous les maux qui actuellement nous accablent. Bien sûr, la portée de Mai 68 ne peut se comparer, historiquement, à d’autres avancées (décolonisation, fin de l’esclavage, chute du régime communiste, …). Toutefois, ces événements se sont distingués par l’importance de revendications sociales nouvelles, qualitatives, par le refus de l’arrogance et de l’autorité, du mépris des patrons, par le besoin de considération, par le désir d’une gestion participative au sein des entreprises et des universités, et l’empreinte est profonde dans ce domaine. C’est ce qui me plaît, avec, en prime, le souvenir d’une atmosphère ludique, l’audace nouvelle des slogans « jouissez sans entraves », « interdit d’interdire »…

J’aime beaucoup son air de « ne pas y toucher ». C’est Agnès Bihl, née en 1974, petite fille d’un fondateur du cabaret « Le Chat Noir ». Même si elle l’a pas connu mai 68, cette chanteuse doit son inspiration à quelques aînés militants. Dans les textes de l’héritière se mêlent ainsi poésie, humour, féminisme, avec une réalité, vous allez entendre, plutôt… incisive. Son engagement moderne, son humanisme, l’ont amenée à participer à la Fête de l’Humanité, le concert Rock Sans Papiers, des manifestations d’Amnesty International, la Ligue des Droits de l’Homme.

Le joli mois de mai – Agnès Bihl

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