Bordeaux, sur la route de l’indigo

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Même le ciel s’était mis à la couleur. Celle du voyage, des hommes de la mer et des sables, la couleur des yeux des amants et des blessures que l’on oublie.

Malgré la pertinente clémence de mars qui les aurait plutôt incités à se prélasser au soleil, les académiciens de la Couleur s’était donné rendez-vous pour une studieuse journée, dans la magnifique médiathèque Mériadeck de Bordeaux, lieu propre, on en convient, à la réflexion, accueillis par Marie-Pierre Servantie, présidente et Claudine Vialet, trésorière.

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J’avais enfilé mon vieux Levi’s, vérifié l’état d’un chèche qui, m’avait-t’il semblé, portait encore l’odeur du voyage, et dont la teinture puissante m’obligeait à le traiter avec d’autres vêtements de même teinte lorsqu’il avait besoin de rafraîchissement : avec tyrannie et opiniâtreté, il étendait sa couleur à toute la lessive !

Intense, profond : l’Indigo. Le 22 mars 2019, c’était le neuvième opus de la série des colloques organisés par l’excellente académie. L’univers de cette couleur s’ouvrait sur de belles histoires de marins, gabarres et caravelles, de ports proches et lointains, de commerces et de trafics… Du Port de la Lune de Bordeaux aux lointaines Indes, des îles de Bretagne jusqu’à Byzance ou Samarkand, parmi tous les bleus extraordinaires que l’on trouve sur la route de la soie, (le cobalt, le lapis-lazuli cher au peintres vénitiens, les pastels), l’indigofera suffritica et l’indigofera tinctoria se vendent et s’échangent à prix d’or. Il faut dire que ce puissant colorant est au cœur de nombreux rites et cérémonies et si le temps, lui, a passé, ce bleu reste présent aujourd’hui, nous habille et décore nos intérieurs, nous invite au voyage. Daniel Bernard, auteur de « La route de l’Or Bleu », y conte cette histoire du pigment que les Grecs et les Romains de l’Antiquité considéraient comme un produit de luxe.

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Et l’histoire ne s’arrête pas là, et Bertrand Boucquey, qui est, entre autres, styliste, rapportait aux académiciens l’histoire du blue-jeans, depuis que les mineurs du Far West revêtirent ce pantalon de travail qui devint le costume des acteurs de la culture populaire, du Blues au Rock. On aura certainement du mal à quitter ce vêtement, qu’il est aujourd’hui de bon ton de dénigrer lorsqu’on défend la planète, car il nécessite d’utiliser trop d’eau. Pas écolo, mon pantalon ? Je savais bien. Mais voilà, c’est dit. Je promets d’y penser.

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Si les teintures naturelles gardent leurs lettres de noblesse, les pigments utilisés aujourd’hui dans notre quotidien sont aussi d’origine synthétique. Charlotte Moeyaert, responsable du pôle de recherche pour l’entreprise Unikalo, en présentait à l’occasion le nuancier, expliquant les procédés de mise à la teinte. Des machines et des hommes, de la chimie, des calculs compliqués, ça me dépasse un peu, mais j’adore, dans les rayons des fournitures de peinture, retrouver ces jolis nuanciers, outils quotidiens des décorateurs et architectes, coloristes professionnels ou amateurs.

Mais même s’il existe maintenant de nombreux procédés de synthèse utilisés pour teindre et préparer des peintures, d’excellents artisans-teinturiers sont les conservateurs de techniques anciennes. C’est le cas de Caroline Cochet, qui livrait quelques secrets de la teinture japonaise appelée Shibori, Itajime ou Sukumo, des techniques ancestrales. Je me promets de la retrouver, (Atelier de Mademoiselle C) dans sa campagne de Gironde, pour découvrir des nuances que seul le teinturier peut voir, tant elles sont fugitives et subtiles au sortir de la cuve.

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C’est également passionnée par son métier de coloriste de bande dessinée qu’Elise Dupeyrat nous ouvrait quelques pages, parlait de ce métier peu connu, et même peu reconnu malgré son évidente utilité, dans le rôle essentiel et déterminant que joue la couleur dans les pages des albums.

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Puis, bavard, fringuant, savant, et excellent pédagogue, Raphaël Haumont rejoignait l’assistance studieuse en fin de journée. L’auteur des « Couleurs de la cuisine » abordait la délicate question de la coloration des mets et de ses effets sur nos choix alimentaires. Ho ! Je sais bien que l’on nous ment, que le E110, jaune orangé, ou que le rouge E120 n’a rien à voir avec les apports vitaminés. De démonstration en argumentation, il a réussi indéniablement à éclairer nos représentations sur la couleur des plats. J’aurais bien aimé repartir avec un livre dédicacé, mais son éditeur, parait-il, avait refusé que le jeune et brillant chimiste ne dédicace ce jour-là. De plus, l’ouvrage était récompensé cette année par le « Prix œilleton » de l’Académie de la Couleur. Dommage, je n’aurais pas été la seule à faire l’acquisition de l’objet lors de cet instant dédicace. Mais je me rattraperai, avec ou sans signature…

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Heureusement, j’avais pris des notes au cours de la journée pour vous parler de tout ça, et j’ai été bien aise de prendre un bon verre avec le Consul de Grèce, ce pays qui fait indéniablement penser au bleu. Rodolphe Martinez et Bernard Beraud, peintres coloristes, exposaient leurs œuvres à la galerie Arte-Coloris, quai des Chartrons.

Alors que je me rendais au dîner, je vis la Porte de Bourgogne, éclairée, comme il se devait, de bleu Indigo. Magnifique !

Depuis le 22 mars, mes rêves seront colorés, jusqu’à la prochaine rencontre de l’Académie.

Que devrais-je mettre, comme vêtement, ce jour-là ? Quelle couleur sera à l’honneur ?

La promesse de Shanghai – Stéphane Fière

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« Enrichissez-vous ! ». C’est le mot d’ordre présidentiel clamé par Den Xiaoping. Toutefois, il ne faudrait pas confondre mot d’ordre et promesse. D’ailleurs, en Chine, il y a ceux qui se sont élevés, enrichis, qui sont maintenant assis fort confortablement et il y a les autres… Eh bien, ces autres-là continuent à ramper ou à marcher à quatre pattes, c’est selon.

Stéphane Fière brosse le portrait empathique d’un jeune paysan, Fu, qui, exproprié de sa ferme par le Comité Local du Parti, a dû quitter sa campagne avec son père, pour tenter de survivre dans Shanghai qui s’ouvre au monde économique international. Migrant intérieur, sans quitter son pays, il se retrouve dans une situation clandestine, sans permis de travail, puisque qu’il ne peut obtenir de droit de résidence dans la grande ville, sans espoir d’accession aux services locaux, au système de soin, à l’ouverture d’un compte bancaire. Déraciné, il est exclu de la course au progrès, juste là pour faire le manœuvre sur les grands chantiers de construction, sous-payé, exploité sans congés par les gros entrepreneurs qui appliquent à la lettre la recommandation de leur président.

Le récit est fait à la première personne, dans une langue orale vivante et réaliste que j’ai eu parfois envie de lire à haute voix, sans prétendre à l’analyse sociologique. L’ironie fait place à la peine qu’éprouve Fu alors qu’il se sent broyé par la cruauté des employeurs, l’arbitraire de l’administration, alors que ses illusions de jeune garçon progressivement se perdent. Ses joies sont simples. Il apprécie la bonne nourriture, et grâce à lui j’ai fréquenté quelques bonnes gargotes shanghaiennes, goûté cinquante sortes de bières aux noms évocateurs (Froid Glacial, Bonheur éperdu, Printemps Festif, Mandchourie Eternelle…) Il s’amuse des manies, des accents et des noms étranges des Européens expatriés. Il tombe amoureux et fonde des espoirs lorsqu’enfin il peut louer un appartement, s’acheter un lit, une armoire, une bicyclette…

Il est aisé, en lisant Stéphane Fière qui connaît bien ce pays, de comprendre comment, lors de l’entrée de la Chine dans l’Organisation Mondiale du Commerce, on a sacrifié ces hommes venus des campagnes appauvries au profit des mégapoles. L’observation de la vie quotidienne de ces migrants, devenus manœuvres, gardiens d’immeubles, coiffeuses et masseuses de la nuit, employés de maisons chez des expatriés européens ou chez de riches Chinois dans le quartier moderne de Xitiandi, met en exergue le sort d’une catégorie sociales ignorée et méprisée, les Mingongs, qui sont, parait-il, plus de deux cents millions. Mais il fallait bien, n’est-ce pas, que pousse la Chine nouvelle ?

L’auteur est né en 1960. Après avoir obtenu un diplôme de Siences-Po, il part travailler pour une société d’import-export à Taïwan. Immédiatement, il s’y sent, dit-il, chez lui. Il se marie avec une chinoise, monte une société d’accessoires de mode, et s’arrête au bout de quelques années pour faire « autre chose que de gagner de l’argent ». Il s’inscrit à Harvard, perfectionne sa maîtrise du mandarin, écrit une thèse sur l’évolution politique de la Chine depuis Mao. Après avoir tenté de retravailler en France, il s’est installé à Shanghai. C’est de là qu’il nous écrit les mots de Fu Zhanxin :

… »On a acheté deux places pour un navet de Hong-Kong, heureusement avec des sous-titres en chinois, …. le film m’a profondément ennuyé, une histoire lamentable d’amour entre deux colocataires, un journaliste gominé comme une truie pour la foire et une prétentieuse en qipao… je me suis réveillé vers la fin, moment où le gars partait pour Singapour et elle qui restait en pleurant… ces deux nigauds. »

J’avais vu « In the mood for love », de Wong Kar-Wai, à sa sortie en 2000. Sans le nommer, pour que je le reconnaisse et ainsi mieux me piéger, Stéphane Fière m’envoyais sa petite critique, par le regard de Fu. C’était habile, car le passage, placé à la fin du livre, me remettait à ma place d’étrangère à Shanghai. Je devais prendre de la distance avec le jeune paysan avant de le quitter, au risque de céder à ce qui ressemble au mépris de classe ordinaire, et bien sûr de m’en vouloir immédiatement. Oui, j’avais aimé ce film et sa lenteur, la soie qui couvrait le corps de Maggie Chung, et la musique sensuelle de Shigeru Umebayashi.

Et alors ?

En Avignon : Mirabilis! Non enim tantum !*

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* Merveilleux ? Pas tant que ça !

Merveilleux, singulier, étonnant, admirable, prodigieux ! C’était dit. L’affiche, aux allures délicieusement surréalistes, était prometteuse. Je passerai, certainement, un moment formidable dans le décor déjà spectaculaire de la Grande Chapelle du Palais papal d’Avignon. Orchestrée par l’Arlésien Christian Lacroix, le manifeste m’invitait à la découverte des œuvres, objets, documents, issus des riches collections des musées avignonnais. Quelque quatre cents pièces d’une grande diversité, tant sur le plan de l’art, de la préhistoire à l’art moderne, que sur les aspects ethniques, naturels, promettaient de me transporter de surprise en surprise en offrant à mon regard un ensemble inattendu à la manière d’un cabinet de curiosités, clin d’œil à cette pratique chère au siècle des Lumières. L’éminent scénographe, au goût connu pour le baroque, allait ainsi me conter l’histoire des musées de la cité des papes et je m’exclamerai devant son talent.

Il faut dire que le choix de Christian Lacroix, spécialisé dans la surabondance, n’avait pas été fait au hasard : Madame la maire d’Avignon, Cécile Helle, ramenait l’Arlésien à ses premières amours, lui qui avait rêvé de devenir conservateur de musée. Il n’avait plus qu’à puiser dans les riches réserves avignonnaises, leur donner de l’âme et ainsi faire tableau en mêlant oiseaux empaillés, vertèbre d’Innocent VI, crâne d’hippopotame, papillons épinglés, tableaux italiens et santons provençaux…

Mais je ne m’exclamai point. La présentation des pièces, que l’artiste arlésien avait qualifié d’impulsive, évitant le discours didactique, se révélait peu singulière, pas très originale. Ce bric-à-brac sans conteste de qualité aurait mérité un peu plus que de simples vitrines, cimaises et estrades. Si j’ai ressenti, çà et là, que les objets étaient disposés adroitement en vis-à-vis, en voisinages tantôt formels, tantôt thématiques, en clin d’œil, loin de moi l’envie de m’extasier, de m’étonner… Alors que j’attendais des brocards, des ors, du mouvement, j’ai eu droit à la triste couleur beige des vitrines, à l’éclairage banal. Une scénographie finalement très commune, qui ne sortait pas des sentiers battus, sans esprit et sans originalité.

Alors, sans tenir compte du sens de la visite et passant directement par la chambre papale aux magnifiques fresques, j’ai visité le reste du Palais.

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La vie ne danse qu’un instant – Thérésa Révay

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Une petite révision sur l’histoire de la seconde guerre mondiale, ça ne pouvait pas me faire de mal. D’autant plus que, très évidemment, Thérésa Révay est bien documentée sur la question. L’ascension des régimes fascistes, nazis, est décrite, avec le sérieux que le sujet impose, dans ce roman qui traverse le temps et les lieux, de l’Ethiopie d’Haïlé Sélassié à l’Italie de Mussolini, d’Egypte en Espagne. En cela, puisqu’il repose sur de solides références historiques et sociologiques, le témoignage présente un réel intérêt.

Une forte femme que cette Alice Clifford, passionnée par son métier de correspondante de guerre, courant des sables brûlants de la corniche d’Alexandrie à la boue des tranchées, des couloirs du Vatican aux trottoirs ensanglantés de Berlin ! Une femme éprise de liberté, et, en plus, amoureuse de messieurs aux idéaux si différents, honorables princes romain, agent de l’Abwher, … ! Un peu tourmentée entre passion et conviction, la jolie dame.

J’ai suivi les aventures d’Alice au Pays des Horreurs, sans trop savoir où l’auteure voulait en venir avec ces histoires d’amourettes. J’ai été un peu agacée par les trop nombreux clichés dans lesquels elle s’est engouffrée : celui de la femme indépendante et libre des années 30, de l’ex-mari, amoureux aux yeux de velours, riche et égyptien, qui attend dans son palais, un reporter allemand cynique au cœur tendre, ce noble romain, ce trop jeune combattant, castillan illettré ! Les lieux, même, n’échappent pas au genre : villa blanche dans la palmeraie, terrasse romaine où l’on s’énivre élégamment. J’ai trouvé beaucoup plus crédibles, cependant, les descriptions, l’ambiance réaliste des hôtels où se retrouvent les correspondants de guerre dans les villes tourmentées.

Il s’agit donc d’une romance, sur fond d’histoire mouvementée et terrible. La recette, pourtant équilibrée, m’a un peu déçue. Malgré l’éclairage sur l’action politique, lourde parfois de compromissions et de connivences, sur les décisions aveugles et souvent lâches qui mènent au chaos, le récit manque de puissance. L’hommage que l’auteure tentait de rendre aux femmes correspondantes de guerre, dans un métier plutôt masculin, est un peu floue, brouillée, parasitée par les émois amoureux auxquels j’ai eu du mal à croire. Néanmoins, j’ai pensé, au cours de cette lecture, à d’autres femmes journalistes de la même époque : Sigrid Schultz, du Chicago Tribune, Dorothy Thompson, du New York Herald, Martha Gellhorn,… Notre belle Alice est un condensé de ces femmes. C’est un peu beaucoup.

Thérèsa Révay est née en 1965 à Paris. Après avoir fait des études littéraires à La Sorbonne, elle se passionne pour l’histoire. Depuis 1988, (L’ombre d’une femme), les périodes tumultueuses du 20ème siècle lui ont inspiré l’écriture de plusieurs ouvrages où elle en recrée le contexte historique. La vie ne danse qu’un instant a été publié en 2017.

A Rome, le 8 mai 1938, Hitler rend visite à Mussolini. Cette visite renforce l’axe Rome-Berlin. Les images réelles de ce défilé, frappantes, s’incrustent dans le film d’Ettore Scola, « Une journée particulière ». Alors qu’Antonietta (Sophia Loren) apprend à danser la rumba avec Gabriele (Marcello Mastroianni), le speaker officiel du régime commente l’événement. Les deux sons se croisent…

 

 

 

Orange is the new black – Jenji Kohan

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Je viens d’en sortir. La porte de la sixième saison vient de se fermer derrière moi. Avec Piper Chapman, j’étais entrée dans la prison de Litchfield. Ma nouvelle copine avait été rattrapée par son passé : la blonde étudiante, jeune fille de bonne famille, choyée par ses parents, tentée par l’aventure et par l’argent facile, avait accepté de jouer les mules pour un narco-trafiquant. Quand je l’ai connue, elle avait depuis longtemps tourné la page. Elle était alors nantie d’un fiancé propre-sur-lui-bien-comme-il-faut et s’apprêtait à un avenir rangé. Mais voilà : dénoncée, elle avait écopé de quinze mois. Et moi de soixante-dix-huit épisodes !

Il fallut revêtir l’habit orangé, tenue un peu trop large à mon goût mais qui, comme un slogan de modeuse, devait être le « Nouveau Noir de l’Année », en référence aux exergues des faiseurs de style ; un de ces magazines, en effet, lançant le bleu comme tendance de la saison, titrait : « le Bleu sera le nouveau Noir », afin d’habiller ainsi le chic bon genre de Manatthan et autre cities.

Le livre de Piper Kerman a inspiré cette série. Je ne l’ai pas lu. Consciencieuse quand même, je pris quelques avis de lecteurs. Il apparaît que cette biographie fait état de la vie des prisonnières et de la difficulté de réinsertion et dénonce un système judiciaire américain très coercitif et peu soucieux de réinsertion.

La série devant laquelle je viens de passer une bonne partie de la semaine démontre, sous un éclairage plutôt cru, la perversité d’un système carcéral qui se privatise en faisant, par conséquent, vivre une partie de la population, offrant quelques bonus à des actionnaires qui n’hésitent pas à fournir des unités de productions très avantageuses. Nous sommes en Amérique, où l’un des fondements est : « le Capitalisme ».

Mettant l’accent sur la liberté religieuse, le récit met le doigt sur les aspects les moins reluisants des croyances : attitudes telles que l’exclusion des groupes, les adhésions de fidèles plus intéressés par l’argent que par conviction, les faux miracles et les idolâtries fantaisistes. Elle pointe également le fait que la distinction d’un groupe religieux réside souvent en un rejet de l’autre, de celui qui ne croit pas. Nous sommes en Amérique, où l’un des fondements est : « la Religion ».

Victimes de parents indifférents, égoïstes, voire abusifs, les détenues semblent toutes avoir été condamnées par une éducation qui les conduisit à la marge. Le discours déterministe est sous-jacent, cruel : On est le résultat de son éducation. Nous sommes en Amérique, où l’un des fondements est : « la Famille ».

Dans ce pénitencier de Lichtfield, dure est la réalité à laquelle Piper se confronte : la bouffe est bien sûr dégueulasse, les matelas ne sont ni de première fraîcheur ni de bon confort, les douches sont délabrées et malodorantes. Les codétenues sont folles, méchantes, défoncées à n’importe quoi, et sexuellement très frustrées. Pas toutes. Les gardiens sont bêtes, cruels ou incompétents, corrompus et plutôt excités charnellement. Pas tous. D’un tableau plutôt sombre émergent quelques moments d’humour, d’émotions, même s’ils sont empreints de ce qu’il y a de plus caustique et dérangeant. C’est que Jenji Kohan possède le sens de la réplique et développe une adresse incroyable de la chute qui m’entraîna en streaming d’un épisode à l’autre. Elle se joue des codes, mélange les thèmes, de manière pertinente et drôle. Alors qu’elle aurait pu faire du personnage de Piper le centre de l’intrigue, ce n’est pas le cas : autour, gravite un collectif de personnages, interprétés par de formidables acteurs, au jeu profond et sans fard. Au fil des épisodes, on aborde, au moyen de flash-backs, les petits souvenirs de leurs vies abîmées, comme des moments de respiration entre amours lesbiennes, châtiments et trafics de drogues dures. Le chaos, l’émeute, amèneront les détenues à prendre le contrôle de l’établissement. Les personnalités s’affirmeront face à cette inversion de rôles et de conditions. L’anarchie ? Pas sûr.

A chaque fin d’épisode, un morceau de musique. Le choix est non seulement adroit, mais éminemment esthétique. Tous magnifiques. C’est pour ça que je choisis au hasard ! Ce sera I’m not afraid of love, par Sharon Clark.

A Bordeaux, on ose, on hisse les couleurs

Dès l’arrivée de chaque printemps, une aimable assemblée d’académiciens convoque sociologues, philosophes, architectes, élus,…  pour un colloque très éclairé. Ceci n’est qu’une partie du travail mené par l’Académie de la Couleur* qui se présente comme le trait d’union entre chercheurs, industriels, praticiens et utilisateurs. Autant vous dire que c’est ouvert à tous ceux qui s’intéressent à ce phénomène sensationnel, cette perception que nous avons de la répartition spectrale de la lumière, la couleur. Une par année ; on n’est pas près d’épuiser le sujet. J’avais décidé, cette fois, de me joindre aux penseurs de cette association brillante, énergique et fort stimulante, présente depuis 2011 à Bordeaux. Cette année, à l’honneur et au labo, c’était le jaune. Ah ! Mais pas n’importe quel jaune ! Celui des poussins. Du jaune qui éclaire la vie, éclatant de première jeunesse. Celui de la dernière couvée, quoi.

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Un bon prétexte pour parler du développement de la fonction visuelle des chers petits, de la prise en compte des sensations éprouvées au plus jeune âge, une approche orthoptiste, essentielle, propre à remettre un peu en ordre toutes les jolies références pastelles. Et à ce propos, qu’est-ce qui se cache derrière « Rose pour les filles », « Bleu pour les garçons »? Juste un de nos bons stéréotypes, nous explique sociologie et histoire, rien que des a priori fortement entachés des inégalités de genre, bien remises, fort heureusement, en question de nos jours, même si c’est pas gagné.

Ainsi, tout au long de cette journée fort studieuse, sociologues, pédagogues, psychologues et grammairiens, architectes et techniciens de la couleur, ont soutenu, comme chaque année, l’importance de la couleur dans la vie de tous les jours et de tous les âges. Un débat, cette fois, sur l’impact de la couleur dans les établissements d’accueil de la petite enfance mettait en évidence la nécessaire notion de chromo-architecture dans les projets bâtisseurs.

Chaque année, sont accordés deux prix de l’Académie de la Couleur : le trophée « Œilleton », qui récompense un ouvrage littéraire puis le prix « Photo-ton », qui, après vote du public, prime une photographie d’amateur en lien, bien sûr, avec la couleur de l’année.

On aura compris que la recherche et toutes les actions de l’Académie de la Couleur vont bien au-delà des décisions purement esthétiques. Un humanisme se dégage, lors des échanges entre les invités, qui met en exergue la portée symbolique des couleurs, la pédagogie du sens. L’humain est au centre de la réflexion, pour le goût de la vie, loin des Matins Bruns*.

La Porte de Bourgogne, ce soir-là, s’éclairait de jaune éclatant, sous le ciel de Bordeaux qui était resté gris.

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Et l’année prochaine ? Quelle couleur ?

  • Académie de la Couleur, 23 quai des Chartrons, 33000 – Bordeaux – www.academiedelacouleur.org
  • * Matin Brun, de Franck Pavloff, 1998, Editions Cheyne

 

Cité du Vin, Bordeaux, ça va déguster !

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On n’est pas là pour « boire un coup, pour faire les fous et rigoler entre nous », comme le prônait le chantre Sardou (Michel), un petit peu à côté de la plaque dans la cartographie de l’éducation populaire. Ici, Môssieur, on se cultive, on étudie ce patrimoine tellement vivant et universel, qu’est le vin, le bon, et la bonne façon de le consommer. Un voyage autour du monde et des cultures et civilisations. Spectaculaire !

Le bâtiment, on le voit de loin. Sur l’emplacement des anciennes forges du port, il se déploie tout en rondeurs, comme un cep noueux dominant à plus de cinquante mètres des remous de la Garonne. Anouk Legendre et Nicolas Desmazières maîtrisent, en architecture, l’art de la courbe. « Remettre du vivant dans la ville », c’est leur crédo. Et si l’on a cessé, depuis une bonne vingtaine d’années, d’appeler Bordeaux « La Belle Endormie », les deux architectes mirent à ce réveil comme un point d’orgue magistral à la ligne des façades XVIIIème des quais. Une ossature de bois, du lamellé-collé, s’élève au bord du fleuve comme une cathédrale où domine un belvédère à plus de cinquante mètres du sol, recouverte d’un voile d’écailles irisées de verre clair, gris, or, et d’aluminium laqué. La forme arrondie, sensuelle, liquide et transparente, évoque le vin qui tourne dans le verre de l’amateur. Le lieu, rendant, on n’en attendait pas moins, hommage à la nature, s’inscrit dans une démarche de développement durable, bioclimatique.

J’entrai un jour, accompagnée de quelques bons amis, dans le temple de Bacchus, chantant (intérieurement !) « Evohé et gloire à Dionysos » car je savais que j’allais passer un bon moment. Je traversai l’espace d’accueil un peu froid, compliqué et brut, pris un ascenseur. Le jeu des miroirs et de la lumière me désorienta quelque peu. Equipée comme tout visiteur d’un « compagnon de voyage », (enfin, un audio-guide) écouteurs ajustés, j’entamai le parcours constitué d’espaces thématiques, interactifs, déclenchant, grâce à la magie des technologies innovantes, les contenus multimédias.

Je voyageai ainsi pendant deux heures, traversant, librement, l’histoire des vins de tous les pays, survolant quelques vignobles du Monde, rencontrant, avec l’élégant et fin connaisseur Pierre Arditi en maître de cérémonie, Voltaire, Churchill, Rabelais, La Callas…. Assise à la table d’Hélène Darroz, j’écoutai quelques critiques renommés, des grands chefs, des philosophes, me livrer leurs réflexions sur le vin (Tiens, pas vu Michel Sardou !). Plus loin je m’exerçai à reconnaître les odeurs de gingembre frais, d’écorce de cannelle, d’agrumes et de fruits rouges… Après un voyage tumultueux en mer, en compagnie de négociants, sur une embarcation phénicienne, puis grecque, romaine, sur un navire hollandais, puis anglais, j’acceptai de m’étendre en un salon écarlate. Bercée par les vers d’Omar Khayyâm, d’Apollinaire, de Boris Vian, accompagnés par les murmures langoureux du bandonéon, de l’oud… Autour du délicieux sofa, je découvris, dissimulés derrière des œilletons, quelques œuvres d’art fort licencieuses, illustrations des relations entre le vin et l’amour. Je ressentis l’envie de boire un bon verre. C’était prévu au programme. Du haut du belvédère où je retrouvai mes amis, je contemplai Bordeaux, un verre de bon vin à la main. Dommage, l’endroit ressemblait à une cafétéria sans charme, malgré un plafond fait de flacons, où il nous fallu faire la queue pour avoir notre modeste calice, et où il était presque impossible de s’asseoir. Le charme était rompu du joli voyage sensoriel. Nous aurions aimé prolonger ce moment en profitant d’une exposition prometteuse -mais temporaire- à propos du vin et de la peinture, mais le billet que nous avions payé vingt euros n’incluait pas cette visite. Huit euros de plus, c’est un peu vexant. Comme nous n’avions droit qu’à un verre, nous quittâmes l’endroit.

La mission est ambitieuse de faire état des dimensions sans limites de la culture du vin, de ses mythes, de l’histoire et de la géographie, des sociétés, des techniques et des arts. Le coût du formidable bâtiment s’élève quand même à quatre vingt et quelques millions d’euros et la Ville de Bordeaux est la plus engagée dans ce qui peut paraître comme une astronomique dépense. Je n’ose pas penser aux coûts de fonctionnement ! Alors, ma foi, vingt euros, si l’on s’arrête à une simple analyse comptable, ça n’a rien d’exagéré. Sauf que si l’on fait le choix de la culture, elle doit être accessible à tous. C’est possible, avec cinq cent mille visiteurs par an, des emplois durables générés, la vente de vins et autres produits dérivés et surtout une véritable vitrine pour l’industrie et l’agriculture. La Ville de Bordeaux a établi un contrat avec la Fondation pour la Culture et les Civilisations du Vin, qui devient exploitante du site. Espérons que le projet de cette noble fondation soit engagée, outre les bénéfices économiques, dans l’éducation et la culture pour tous. Sinon, les Bordelais pourraient bien avoir des aigreurs d’estomac.

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Le Maître et la rosière, à Nantes la surréaliste

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Le clin d’oeil aurait plu au maître. La très sage et très bourgeoise Rosière, d’Artois et nonobstant bien nantaise, accueille en ses salons les oeuvres du très turbulent Catalan. Si les fantômes des bourgeois, des capitaines de Dobrée du XIXème siècle y errent encore, ils risquent d’être un tantinet choqués, s’interrogeant sur l’interprétation de la Bible, sur les élucubrations psychologiques. Ils veilleront à tenir loin les enfants des représentations féminines enflammées de désirs, loin du bestiaire disproportionné…

Il fallait bien que ces oeuvres restent visibles pendant les travaux que subit en ce moment l’Espace Dali de Paris. Il eût été dommage de les laisser en caisse. La collection privée, prestigieuse, s’est donc installée à Nantes depuis le 26 décembre et regagnera ses jolies pénates montmartroises fin mars 2018. Si d’autres villes s’étaient portées très volontaires pour reloger la collection momentanément sans abri, c’est à Nantes qu’à été donnée l’occasion. Avec raison, car l’engouement des Ligériens fut tel que les caisses à peine ouvertes, les billets étaient déjà vendus. Dali n’y était jamais venu et pourtant, il aurait certainement séduit par le lieu. De surcroît, Nantes n’est-t’elle pas le berceau du mouvement surréaliste ? Né du romantisme et du dadaïsme, traversant la philosophie, la politique, la poésie et les arts plastiques, le surréalisme attire l’attention sur l’irrationnel, s’attaque aux conventions. C’est comme cela qu’en 1912, en les murs du très sérieux lycée Clémenceau, quatre jeunes dandys, rassemblés par l’humour et la révolte, rêvent de reconstruire le monde. Ils se nomment Pierre Bisserié, Jean Sarment, Eugène Hublet et Jacques Vaché, celui qui saura toucher André Breton. Rebelles, antimilitaristes, ils écrivent, dessinent, récitent, publient des fanzines et surtout se moquent des bourgeois, s’encanaillent dans les guinguettes de Trentemoult. Ils ont bien fait. Leurs aventures sont celles, maintenant, d’enfants perdus dans l’infamie de la guerre. Mobilisé, Jacques Vaché dessine les tranchées où meurt Eugène Hublet, raconte l’horreur dans de nombreuses lettres. Blessé, il est soigné au lycée Guist’hau transformé en hôpital. Il meurt d’une overdose d’opium dans une chambre de l’Hôtel de France. Avant de disparaître, il fait dire à André Breton « Nantes : peut-être, avec Paris, la seule ville de France où j’ai l’impression que peut m’arriver quelque chose qui en vaut la peine ». Sans Jacques Vaché, selon Breton, le mouvement surréaliste n’aurait pas vu le jour.  C’est ainsi que Nantes est devenue surréaliste, même si d’aucuns affirment que cette ville très bourgeoise n’aurait pas accepté, en 1920, le caractère subversif du mouvement.

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J’aime à penser cependant que Salvador Dali s’y sent bien chez lui, chez la pudique rosière. Dans ce lieu élégant, sous un éclairage raffiné, j’ai déambulé avec plaisir dans l’abondance des oeuvres, j’ai pu apprécier, de très près, le trait parfait, l’académie sans faille, la maîtrise de la matière et l’extrême précision du propos dont l’artiste fit preuve. Autour du travail du bronze, j’ai remarqué l’ « Hommage à Marcel Duchamp », conçu entre 1966 et 1970. Il s’agit d’un jeu d’échecs dans lequel toutes les pièces, sauf la reine et les tours, ont été coulées à partir de ses doigts. La reine, elle, c’est le pouce de Gala, l’aimée, la muse. Une dent orne, en guise de couronne, le front des souverains. Une salière, probablement celle d’un restaurant de New York représente les tours.

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Peu enclin à la modestie, Dali s’expliquait : « Aux échecs comme en art, c’est le créateur qui est important. La main de l’artiste est celle du créateur éternel. C’est donc ma propre main qui devait le représenter ».

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Comment ne pas penser, devant cette oeuvre, à un autre pouce, celui de César, en résine synthétique, réalisée en 1965, présenté à la galerie Claude Bernard ? C’est aussi son propre pouce, agrandi à l’aide d’un pantographe, d’1,85 mètre, de 400 kilos, qui sera décliné en plusieurs dimensions, dont un de 12 mètres. Décidement, si l’on considère le pouce dans sa dimension symbolique, historique, notamment par son rôle dans la préhension, dans le geste des empereurs romains, la volonté des artistes de laisser une empreinte semble réunir ces deux là, pourtant si éloignés dans leurs expressions. Mais Rodin, lui, avait engagé sa main, entièrement, dans une oeuvre de marbre blanc symbolisant la création divine !

 

 

 

 

Caravage, maître de l’instant précis

Au coeur de la ville, dans la via Toledo que Stendhal définissait comme « la rue la plus grouillante et la plus joviale du monde », je suis entrée dans le Palazzo Zevallos Stigliano, la résidence somptueuse de l’aristocratie napolitaine depuis 1635, qui changea de propriétaire selon alliances de familles et querelles dynastiques. J’appris qu’après le riche marchand Giovanni Zevallos, devenu duc d’Orsini, le flamand Vanderneyden, l’influente famille Colonna, ce fut la Banque Commerciale Italienne qui, en 1898, lança une campagne pour son acquisition. Rien d’étonnant à ce que, selon les occupations, la répartition des espaces intérieurs et la décoration, la façade, même, changèrent d’aspect, perdant, au fil du temps, le style du XVIème siècle. Mais j’y pénétrai par une magnifique porte, d’origine, me précisa-t’on, ornée de marbre et de roche volcanique de Campanie. L’espace dans lequel je me trouvais, cour transformée en immense patio, ouvrait mon regard sur les balcons de style Liberty, empli de la lumière douce de la verrière Floréal. Un immense escalier, néo classique, me mena aux étages des expositions.

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C’est dans l’un des salons que j’eus le plaisir d’admirer ce tableau, dernière oeuvre, dit-on, du peintre Michelangelo Merisi da Caravaggio, datant de 1610 : « Le martyre de Sainte-Ursule ».

L’histoire se passe dans les années 400. Dans la « Légende Dorée », rédigée en 1261 par Jacques de Voragine, dominicain, archevêque de Gênes, Ursule est la fille belle, vertueuse et très pieuse, d’un seigneur chrétien du Pays de Galles. Tellement pieuse qu’elle souhaite se rendre à Rome afin de rencontrer le pape Cyriaque. C’est au cours de son retour, passant par Cologne, que surgissent les Huns, avec à leur tête un chef dont on connaît la cruelle réputation. Toute la suite d’Ursule (onze mille vierges !) est massacrée, il ne reste qu’elle, devant le vainqueur séduit par sa beauté. La belle refuse de se soumettre mais l’amoureux éconduit ne l’entend pas ainsi. Courroucé, il lui transperce le coeur d’une flèche.

Sur cette grande toile (140X170), commandée par la famille Doria, de Gênes, en 1609, l’instant se fige entre ce qui est encore la vie et le drame, origine de la canonisation. L’arc est encore bandé et Ursule, à la pâleur déjà grise, drapée de pourpre, sous un éclairage violent, constatant la mort approchant, contemple avec douceur la blessure de son sein d’où le sang gicle. Le tueur, dont on distingue, dans la pénombre, un faciès vieillissant loin de l’image que l’on pourrait se faire d’un chef cruel, une manche émergeant de la cuirasse et rougie par le sang, paraît comme atteint de compassion, et peut-être même de regret. Derrière celle qui va mourir en sainte, un soldat en armure semble soutenir la victime. C’est un autoportrait de l’artiste. Les lueurs métalliques, la couleur rouge qui, traversant la scène, unit à jamais le bourreau à la victime, soulignent le réalisme saisissant de ce tableau. Je m’attardai devant l’oeuvre, m’en approchai afin d’en apprécier la matière, plutôt légère. Je vis, dans un premier plan très sombre, une main se tendant comme pour arrêter le temps, pour en préciser l’instant.

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Toutes les oeuvres du Caravage présentent cette observation réaliste et immédiate de l’état physique et émotionnel des sujets. Dans tous, l’éclairage est accentué, dramatique, sans valeur intermédiaire du clair à l’obscur, fixant les scènes de manière réaliste. C’est cette interprétation des Ecritures, naturaliste et radicale, qui séduit et transforme le monde de la peinture à la fin du XVIème siècle, favorable à l’expression de Caravaggio ; l’église catholique romaine doit faire face à la menace protestante et les conventions maniéristes qui gouvernaient l’art religieux ne semble plus appropriées. C’est ainsi que, réinventant la peinture, le style « Caravage » voit le jour, choque, s’impose, grâce à son premier mécène, puissant protecteur, le cardinal Francesco Maria del Monte, qui lui permet d’obtenir la décoration de la chapelle de Saint-Louis des Français, à Rome.

Dès son jeune âge, Michelangelo Merisi se serait montré bagarreur. Adolescent, alors qu’il suit une formation près de Peterzano, l’élève du Titien, il est plusieurs fois arrêté suite à des rixes. Devenu maître reconnu, heureusement protégé par ses protecteurs cultivés, nobles et notables, il est sauvé d’incessantes poursuites pénales. En 1606, une partie de jeu de paume dégénère en bagarre. Il tue son adversaire, doit fuir Rome. Il s’arrête dans plusieurs villes, peint des tableaux qu’il doit souvent abandonner sur place. Il réalise ainsi plusieurs oeuvres à Naples, dont « Le martyre de Sainte-Ursule ». Impliqué de nouveau à Malte dans une échauffourée qui tourne mal, il se fait arrêter, s’évade et trouve la mort sur la plage de Porto Ercole, le 18 juillet 1610. Ce portrait, rapporté par les sources de l’époque, peu flatteur, sulfureux, cette vie malheureuse et romanesque, pourrait bien faire l’objet d’une remise en cause, puisque la carrière du Caravage fut reconnue seulement au début du XXème après une longue période d’oubli. Certaines oeuvres, découvertes depuis peu, posent des questions d’attribution.

800px-Bild-Ottavio_Leoni,_CaravaggioLe Caravage, craie sur papier, Ottavio Leoni (vers 1621)

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