Ce n’est pas (que) du cinéma !

Construit en 1938, d’architecture coloniale, sur la place du 9 avril 1947, que j’appelle Grand Socco, à Tanger, le cinéma « Le Rif » fut longtemps abandonné,  voué à ne devenir que ruines. P1020538.JPGDans les années 1960, on allait encore au cinéma pour parler, fumer, s’embrasser dans le noir et regarder des films, bien sûr. Puis le public a abandonné les salles, et « le Rif » se mourait peu à peu. Jusqu’au projet associatif un peu fou d’un producteur français, Cyriac Auriol, de Yto Barrada, photographe marocaine, et de la plasticienne Bouchra Khalili. C’est en 2007 que l’aventure commença. La nouvelle cinémathèque de Tanger était née. « Le Rif », maintenant, ressemble à sa ville. Dans une société qui fréquente peu les salles obsures, préférant la télévision ou profitant de copies pirates des grands films, on s’alimente d’images. C’est ce paradoxe que cultive l’association, installant avec art le spectateur en une décoration chinée aux puces, ouverte sur un lieu de rencontre, le café, qui rappelle le passé en cédant aux pratiques actuelles de diffusion culturelle, de renouveau du cinéma. Lieu convivial, créatif, l’endroit est fait pour plaire aux nostalgiques du cinéma en attirant aussi une clientèle jeune. La salle est superbe, l’acoustique impeccable, l’image parfaite, la programmation très exigeante, autour des plus beaux documents de l’histoire du cinéma arabe et international. De Fassbinder à Tarantino, passant par Youssef Chahine, Miyazaki, les classiques de l’art succèdent au meilleur du contemporain.15894925_10154580782473301_6815457586287056298_n En proposant des films d’archives, des séances pour enfants, des films arabes grand public, mais aussi des ateliers, conférences, travail en résidence, festivals, la structure attire une clientèle variée, habituée ou de passage, des familles, tous attirés par ce lieu exceptionnel qu’est « Le Rif », qui s’est donné pour but associatif de développer la culture cinématographique au Maroc. C’est également un conservatoire des archives cinématographiques du monde arabe, des collections de films documentaires, de vidéos d’artistes et de cinéma expérimental. J’apprends que l’association est partenaire du Festivals des Trois Continents de Nantes, de manifestations en Suède (Göteberg) et aux Etats-Unis (Los Angeles), en Italie (Bologne). Ce lieu exceptionnel participe, comme la mythique librairie des Colonnes, à mon goût pour Tanger, la ville multiple.

 

 

 

 

 

 

 

 

BASQUIAT à Bilbao

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 L’œuvre de Jean-Michel Basquiat « L’homme de Naples » a été réalisée en 1982. A cette époque, il commençait juste à être reconnu en tant qu’artiste par la critique. C’est une pièce importante qui nous est présentée en ce moment à Bilbao, à la fondation Guggenheim puisqu’elle marque le début d’une période très productive de ce peintre.

Il s’agit d’une peinture sur bois, acrylique et collage, de 244 centimètres sur 120 centimètres. La tête d’un âne de couleur rouge y est représentée au milieu, entourée par de nombreuses inscriptions, des taches de couleurs élémentaires, des signes de type totémiques. C’est primitif, plein de force, mais aussi ironique comme toujours dans l’œuvre de Basquiat. Qui est cet homme de Naples, si ce n’est que cet âne rouge ?

J’aime l’artiste. Né à New York en 1960, métissé d’origines haïtienne et portoricaine, surdoué, élève et ami du graffeur Al Diaz avec qui il exécute ses premières œuvres, à Manhattan, signant sous le pseudo déjà très ironique de SAMO pour Same Old Shit, (en gros, traduisez, la même vieille merde !), puis de SAMO IS DEAD. A l’âge de 23 ans, il fut consacré par le Whitney Museum of American Art.

Ami d’Andy Warhol (également présent en ce moment à Bilbao avec son œuvre « Shadows »), il fut très affecté par sa disparition en 1987. Il se retire pendant près de deux années. Devenu toxicomane à l’héroïne, il meurt en 1988, à 27 ans.

Une grande œuvre (800 toiles, plus de 1000 dessins) nous reste de ce peintre hors du commun, faite de collages, de panneaux de toutes matières et de toutes formes, écriture dense, évidemment inspirée par un intérêt militant pour la culture noire et hispanique.

J’ai pu admirer de près cet « Homme de Naples », couleurs percutantes, graphisme spontané, matière fortes.

Notons que le réalisateur Julian Schnabel écrivit et produisit un long métrage sur la vie de Basquiat, avec un acteur très convaincant dans le rôle, Jeffrey Wright. David Bowie incarne Andy Warhol.

 

Les moulins de Montmartre

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 J’ai eu la chance et la belle surprise de découvrir cette toile à Bilbao, dans le magnifique musée de la fondation Guggenheim. Pablo Picasso a vingt ans lorsqu’il peint cette toile de 88 centimètres sur 115 centimètres. C’est l’automne à Paris, on est en 1900. Il vient de s’installer dans l’atelier d’un peintre parisien, Nonell, à Montmartre. Il aime l’atmosphère de liberté qui règne dans la capitale, dans le quartier. La population de Montmartre a augmenté considérablement, depuis 1861, suite aux travaux d’Hausmann. La clientèle du Moulin est populaire. A l’angle de la rue Lepic, le cabaret de plein air est devenu un bal fermé depuis 1895. Une vaste salle éclairée, cerclée d’une balustrade de bois peint en rouge, accueille les danseurs. C’est la danseuse, le plus souvent, qui paie son cavalier. Des danses nouvelles voient le jour ici, comme le chahut, le cancan… La Goulue, Valentin le Désossé y ont fait leurs débuts. Le « Tout-Paris » s’y encanaille, dégustant des petites galettes avec un verre de muscat.

En réalisant cette toile, Picasso évoque clairement l’influence exercée par Montmartre sur le monde lesbien. Depuis le XVIIIème siècle, le quartier est réputé pour ces lieux de rencontres entre femmes. Zola l’évoque dans « Nana ».

Picasso, on le voit, n’a pas encore trouvé son propre style. Il emprunte à Toulouse Lautrec qui le fascine le thème de la vie mondaine, à Renoir la construction des scènes. Son esprit ouvert se plait à Paris ; le climat de liberté dont il avait besoin en arrivant d’Espagne va lui permettre les expériences artistiques qui le mèneront vite aux périodes bleues, roses… 

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Toulouse-Lautrec a réalisé cette œuvre en 1889. Elle mesure 89 centimètres sur 101 centimètres et se trouve à Chicago. Lorsque j’ai vu la toile de Picasso à Bilbao, j’ai immédiatement fait le rapprochement avec les œuvres de ce peintre qui utilisait les rouges dans les représentations des lieux de plaisir. Fasciné par les endroits où l’on dansait, Toulouse-Lautrec avait cherché à croquer de façon impressionniste le manège de divers bals. Il passera beaucoup de temps au Moulin de la Galette. Il a su rendre à la perfection l’atmosphère qui règne dans ces endroits, la fugacité des évènements, les regards qui trahissent des sentiments, les attitudes des personnages en mouvement.

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Le Moulin de la Galette, ici peint par Renoir, a été réalisée en 1876, 24 années avant celle de Picasso. Elle mesure 130 centimètres sur 175 centimètres. On peut l’admirer au musée d’Orsay à Paris. Renoir, peintre impressionniste, s’applique à mettre en relief les effets que la lumière produit sur les visages et les corps. Il est clair que ce choix de représentation influence le travail de Picasso pour le même thème.

D’autres artistes ont représenté cet établissement célèbre. Vicent Van Gogh (1886) et Maurice Utrillo (1931), Ludovic Piette, paysagiste, ami de Camille Pissarro, Paul Signac,  nous offrent les images du moulin vu de l’extérieur. Van Dongen, dans les années 20, sera séduit par la vie de bohème.

Il a été chanté bien sûr… Je vous invite à écouter Lucienne Delyle.

le Moulin de la Galette – Lucienne Delyle

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Didier SPINDLER, rêver la vie en couleurs

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Cet homme aimable se dit passeur de bonheur. Il n’est pas né pour s’ennuyer, cet hyperactif ! Il suit ses envies et s’applique à la simplicité et à la gentillesse. Fonctionnant à l’intuition, gourmand de la vie, il reste cependant lui-même, en temps qu’homme et dans sa vie d’artiste.

Très jeune il se met à peindre, commence à exposer ses toiles à 16 ans. Cette passion ne le quittera jamais. D’un séjour à Saint-Barthélemy, il lui reste les couleurs qui marquent sa palette généreuse. Les couleurs l’habitent. La matière s’impose, grands formats, huile, pastel gras, débordante comme lui de vitalité.

On devine la réalisation d’une toile rapide, spontanée, car les histoires qu’il raconte sont sincères. On y sent un besoin de partager comme une urgence. La lumière y est installée, forte, présente dans toutes les œuvres, comme un dénominateur commun.

Je le rencontre au Maroc, autre pays de la lumière et de la couleur, où il tient un restaurant qui lui ressemble. C’est la fête au Caravane Café , à Essaouira, tous les soirs. Les saveurs et les couleurs sont au rendez-vous dans ce riad où rien n’est banal. Le mobilier chiné, éclectique, les serveurs empressés et souriants, les assiettes généreuses et belles, épicées, le punch inoubliable. Des musiciens s’installent, jouent près des dîneurs. Il est là, lui aussi, partage son bonheur de vivre avec tous. Si vous le souhaitez, vous le retrouverez à un autre endroit, le lendemain midi, près de la piscine du magnifique jardin de Dar Caravane.

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Andy Warhol, ombre et lumière à Bilbao

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Incontournable, à Bilbao, cette merveille d’architecture de Frank Gehry, le musée immense de la Fondation Guggenheim. Le bâtiment abrite actuellement (de février à octobre 2016) une oeuvre monumentale d’Andy Warhol intitulée « Shadows » (Ombres), réalisée en son atelier, la Factory. Ces 102 sérigraphies sur toile matérialisent ses travaux sur l’abstraction, thème qu’il avait exploré depuis plusieurs années. Il est important de s’arrêter sur le format de cette oeuvre, conçue comme s’il ne s’agissait que d’un seul tableau, déterminée par les dimensions de l’espace d’exposition. La première fois qu’elle fut montrée, on pouvait voir 83 tableaux, disposées près du sol, très près les uns des autres. On y retrouve les caractéristiques de la palette de l’artiste, colorée à l’extrême, aux tons brillants. Le fond, peint à l’aide d’un balai brosse, est animé d’ombres créées en couleurs à l’aide d’écrans, ce qui provoque des différences d’échelle, des zones d’ombres ainsi que des points lumineux aléatoires. L’alternance du positif et du négatif, dans la disposition mécanique des images, provoque le regard du spectateur, ramène à l’idée de répétition, voire de plagiat. Toutefois, loin de constituer de simples répliques, les éléments sont différents, chaque « Ombre » coïncide avec une forme précise, une couleur déterminée, une lumière particulière.

Une seule photographie d’une ombre, prise sur le bureau d’Andy Warhol, donna naissance à cette oeuvre qui n’était, au départ, que le décor d’une fête. L’artiste, connu depuis les années 50 pour les toiles représentant des personnalités célèbres (Jackie Kennedy, Marylin Monroe, Mao,…) n’avait pas prévu le succès de la série Ombres, en 1979, dans la galerie Heiner Friedrich de New York.

L’oeuvre, captivante et hypnotique, est offerte aux visiteurs de Bilbao. Pour mon grand plaisir.

 

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Canicule – Yves Boisset

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Il doit faire à peu près 38°, cet après-midi, dans le jardin de l’ami qui me reçoit au milieu de la Beauce. Il me revient à la mémoire ce film d’Yves Boisset de 1984 avec Lee Marvin, Miou-Miou, Victor Lanoux et même Jean Carmet et Bernadette Lafont. Quelle affiche !

Le livre de Jean Vautrin était paru en 1982. Il raconte la fuite d’un gangster américain qui vient se réfugier, comme moi, dans une ferme beauceronne. Lire la suite « Canicule – Yves Boisset »

La Gacilly, les belles images

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Imaginez une exposition de photographies, à ciel ouvert, sur 20 kilomètres carrés !

C’est une réalité. Depuis le 4 juin 2016,
comme chaque année depuis 13 ans, on peut admirer dans les rues et les ruelles de La Gacilly, dans le Morbihan, des images de grande qualité, immenses parfois. Ce festival est né à partir d’une idée de Jacques Rocher, fils d’Yves Rocher (oui, les produits de beauté), maire depuis 2008 comme le fut son père, qui soutient que la force de l’image peut être utilisée à défendre la nature. Je parierais bien que cet industriel, tout militant qu’il soit, a aussi une image à défendre. Toujours est-il qu’encore une fois, le bel été breton se parait à La Gacilly de très jolies œuvres de grands noms de la photographies.

Cette année, mise en place sous le signe du Japon, hommage à la photographie nipponne mais aussi aux océans, le festival propose des œuvres inédites, mais également des tirages anciens dévoilant le quotidien, l’architecture et les paysages, issus de la collection du musée des arts asiatiques Guimet, de Paris. On peut admirer des images de Yukio Ohyama sur le mont Fuji, les photographies d’oiseaux de Yoshinori Mizutani, les sources chaudes naturelles de Lucille Reyboz ou encore les marées noires et la pollution de Daniel Beltrà.

Je me suis promenée dans cette belle exposition, admirant les œuvres , et j’ai passé, ma foi, une belle journée en compagnie de ces artistes. Indéniablement les images sont magnifiques, curieuses, émouvantes… Il y a beaucoup à voir. Toutefois, cette exposition m’a paru aller au-delà de la ligne éditoriale annoncée : pourquoi, déjà, deux thèmes ? De plus, beaucoup d’œuvres semblent hors de ces thèmes. Cette diversification rend la concentration du spectateur difficile. J’aurais aimé profiter d’un moment consacré au Japon, ou aux océans, ou aux photographes émergeants, qui ont rendu si bien l’ambiance d’une rave illégale, de la jungle de Calais, mais pas tout ça en même temps !

Vous avez jusqu’au 30 septembre. Pour profiter des belles images,  du beau temps, et des bonnes galettes et crêpes de « La Mauvaise Graine », dans la rue principale.

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Chagall, poète de la couleur

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Je suis allée au rendez-vous que m’avait donné cette année l’épicier de Landerneau.

Michel-Edouard Leclerc, à l’image de Cartier ou de Vuitton, fait partie des vecteurs mécènes de la culture. Faut s’y faire. La loi, à ce propos, interdit d’exploiter les actions de mécénat en vue de retombées commerciales. D’ailleurs, en sortant, je suis allée au petit marché bio. Il faut bien avouer que ce qui est fait dans ce cadre génère des chocs culturels bénéfiques en amenant l’entreprise et le public à se sensibiliser à d’autres thématiques que l’activité productive. Alors, bon ! je vous laisse réfléchir là-dessus.

Toujours est-il que Landerneau a eu ma visite le mois dernier. Je suis certaine que cette nouvelle vision sur le travail de Marc Chagall, offert à la vue du grand public, aura contribué à entretenir la mémoire de cet artiste exceptionnel. Chagall a passé sa vie à peindre et la reconnaissance de son œuvre est mondiale. Mais le connaît-on comme poète, comme graveur, illustrateur ? Ami proche de Cendrars, d’Apollinaire, de Malraux, d’Aragon, il a laissé avec eux un message de liberté et d’humanisme. Les quelques centaines d’oeuvres réunies dans cette exposition relatent ce parcours de façon très adroite, mettant en relief les thèmes et les événements qui marquèrent la vie de Chagall : la révolte, la guerre et l’exil. On peut également admirer les dessins et gravures réalisés pour de grands livres tels que ceux de Jean de la Fontaine, de Gogol, la Bible…

C’est André Malraux qui parle si bien de son ami, « sur les chemins de la poésie et dans le grand jeu de la couleur ». J’ai suivi, en me promenant dans ce très bel espace, la vie de cet artiste. Né dans une famille juive en 1887 en Russie, il représente ce pays dans beaucoup d’œuvres de style naïf. Accueilli par Paris à 24 ans, il peint le portrait de la femme qu’il aime, Bella. Malgré les influences du fauvisme, du cubisme, il n’adhèrera jamais pleinement à un mouvement ou à une école. La première guerre mondiale éclate et il retourne en Russie. Il est contraint d’y demeurer. Il se marie avec Bella, prend la direction d’une école d’art. Revenu à Paris en 1922, il exécute des illustrations pour les Fables de la Fontaine (gouaches) et pour « Les âmes mortes », de Nicolas Gogol (eaux-fortes), ainsi que des illustrations pour la Bible. Il tentera de fuir l’antisémitisme en prenant la nationalité française mais il est arrêté en 1941. Il rejoint les Etats-Unis où il perd sa femme. En 1945, il s’éprend de Virginia Haggard. Leur fils deviendra le musicien David McNeil. Après la guerre, il revient et s’installe à Vence, et se marie avec Valentina Brodsky. Ses techniques se diversifient (décors de théâtre, mosaïques, vitraux, costumes d’opéra…). Il est décédé à Saint-Paul de Vence en 1985;

J’ai vu défilé les événements de cette vie au cours de la visite que j’ai faite à la Fondation Hélène et Edouard Leclerc. J’ai compris pourquoi son art est universel. J’ai apprécié d’observer de près la transparence exceptionnelle de ses bleus, les tonalités sombres et moroses de la série « la guerre et l’exil », son approche de certaines techniques comme le pointillisme, avec lequel il semble flirter dans les tableaux qu’il exécute en Provence.

Le titre de cette exposition, « De la poésie à la peinture » illustre bien le message du peintre qui nous livra, ainsi, son message de liberté.

 

Grafikama, couleurs d’émotions

Ce pluvieux vendredi m’a conduite en fin d’après-midi aux soleils d’Afrique. Les éclats de Grafikama m’accueillaient dans la rue des Pénitentes pour un petit voyage en compagnie d’une quinzaine d’artistes en résidence qui ont investi un ancien atelier de fonderie voué à la démolition. A l’abri des regards, Ils l’ont transformé en un lieu assez étonnant. C’est le troisième volet du cycle d’expositions que nous a proposé l’association Pick Up Production dans le cadre du Voyage à Nantes. Ils livrent aux regards une production au caractère foisonnant, dynamique, évidement influencé par la rue, les métissages, l’histoire, et réalisée par ces artistes en provenance de grandes métropoles africaines. Ce n’est pas qu’une expo ! C’est un lieu de vie et d’échanges. Dans un esprit de développement solidaire, les artistes ont été contactés en amont par Pick Up Production, invités à s’exprimer afin d’offrir ce lieu éphémère à un public qui ne l’oubliera pas. Dans ce bâtiment de 800 mètres carrés, une scénographie particulièrement talentueuse nous a fait capter un instant d’Afrique  émouvant. Une installation vidéo permet de comprendre le projet dans ses différentes phases.

On passe du temps dans chaque pièce du bâtiment, chaque artiste possède son propre univers et sa technique. J’ai été particulièrement impressionnée par le travail de Nascio, Marocain. Une technique assurée, une sensibilité que servent les références à la science fiction, la peinture classique, dans un chaos où l’esprit s’attarde, s’interroge et s’émeut.

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Quimper, le choix de l’ignorance

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Les habitants de Quimper n’ont plus de Centre d’Art Contemporain. Les élus Républicains ont décidé la fermeture du lieu qui, pourtant, accueillait 14000 visiteurs par an depuis 25 ans, qui recevait des enfants dans le cadre de leurs activités scolaires, qui employait huit salariés et dans lequel s’exposaient régulièrement des artistes contemporains. Au prétexte d’une diminution de la dotation de l’Etat, la municipalité déclarait en juin qu’elle ne reconduirait pas sa subvention (252000 euros sur 600000). Pourtant, une proposition du ministère de la culture, d’apporter 20000 euros d’aide a été faite suite à la polémique.

Le 1er septembre, on se heurtait définitivement à la porte drapée de noir par les salariés déçus et exposés à la précarité. Derrière la porte, la vie s’arrête sur 450 mètres carrés dédié à l’Art et à la pédagogie. Nicolas de Crécy, dessinateur de talent à l’univers étrange, poétique, surréaliste, le collectif Woop, qui proposait des installations spectaculaires furent les derniers artistes à exposer dans « Le Quartier ».

Le Fonds Hélène et Edouard Leclerc, de Landerneau avait décidé, depuis le premier trimestre de cette année, d’apporter leur soutien à certaines manifestations du lieu.

La triste histoire des disparitions de centres d’art vient de s’allonger d’un chapitre, après ceux de Chelles, Bretigny-sur-Orge… Situation qui, selon « Les Inrocks », se révèle ubuesque, puisque les élus qui décident des fermetures aujourd’hui s’enorgueillissaient hier du message pour l’Art Contemporain qu’ils émettaient.

Le maire de Quimper, Luc Jolivet, (les Républicains) est de ceux-là, qui met fin aux projets du « Quartier », les privant ainsi d’un lieu d’expositions, de réflexion et d’échanges, un lieu d’accompagnement des artistes fraîchement diplômés, un lieu d’accueil et de démocratisation et d’accès à la création contemporaine.

Les amateurs d’art dont je fais partie sont en colère de constater que nombre de structures de ce type se voient prises en étau entre crise budgétaire et réforme territoriale. L’attitude du maire de Quimper donne toute latitude à l’obscurantisme populiste. La décision, à mon avis, est plus guidée par l’idéologie que par l’économie. 

« La culture coûte cher ? essayez l’ignorance ! » (Abraham Lincoln).

 

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