Je te protégerai – Peter May

 

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Je reviens des Hébrides. Un peu sombre pour moi, ces îles sur lesquelles le soleil s’attarde peu. Pourtant, la lumière, dans ce cas, est immense et belle. La mer, toujours agitée le long des côtes meurtries et noires, se confond avec le ciel. C’est un peu fatigant mais je rapporte dans mes bagages le meilleur des whiskies et un peu d’échantillons de tweed. Ah ! le tweed ! Je n’ai pas voulu de ce manteau un peu terne, à la coupe sobre, trop « dadame » pour moi ; ça coûte un bras, en plus ! Le breuvage ambré m’avait déjà à moitié ruinée.

En compagnie de Monsieur Peter May, qui m’avait séduite lors de la virée que je fis en compagnie des « Fugueurs de Glasgow » (à lire dans le « Réservoir », mon propos sur ce récit), je suis allée cette fois visiter les fabriques qui produisent ce très beau tissu, souvent à chevrons, au tissage délicat. J’ai presque tout appris sur le métier de tisserand, qui se pratique à domicile, sur commande.

Loin de leur pays, Niamh et Ruairidh, mes copains écossais et personnages du roman de Peter May, se trouvent dans un RER, serrés parmi les Franciliens pressés de regagner leurs pénates. Ruairidh (prononçons Rory), reçoit un message sur son smartphone, qui semble le troubler. Niamh s’en aperçoit, se fait un film et ça ne s’arrange pas quand il annonce qu’il doit passer la soirée dehors, et encore moins quand elle reçoit un message d’un ami-qui-lui-veut-du-bien, qui lui confie que son mari a une liaison avec la styliste russe. Puis la voiture, dans laquelle Niamh le voit s’engouffrer, explose ! L’enquête de police indiquera qu’il ne s’agit pas là d’un acte terroriste…

J’étais ainsi invitée, pour suivre le récit et pour les besoins de l’enquête, avec la pluie iodée des Hébrides, dans la lande sauvage et perdue du Nord de l’Ecosse.

Peter May tisse le récit aussi adroitement que les tisserands du coin, fait mener la difficile investigation par une policière française mal préparée au climat météo et culturel, trébuchante dans les tourbières et pliant sous le vent, attaquée par les midges (des moustiques, voyons !), tandis que la pauvre veuve sombre dans de dévorants souvenirs d’amours perdues.

Ça se tient, vous me direz, mais l’intrigue, sentimentale et policière, est un peu too much, surtout sur la fin… De plus, quelques personnages secondaires, plutôt caricaturaux, ne participent pas à la crédibilité du récit. Improbables, les rebondissements m’ont toutefois entraînée jusqu’au dénouement, livré en bloc au dernier chapître comme dans les romans d’Agatha Christie. La manœuvre est un peu dépassée, voire désuète, aujourd’hui ! Par ailleurs, je me suis un peu agacée par la représentation des femmes que semble avoir l’auteur : Rien que le titre « Je te protègerai », annonce la couleur : il s’agit bien sûr de la promesse faite par un homme à une femme. L’hésitation de Niamh qui préfère sa carrière à la maternité, lui vaudra une bonne punition pour inconduite, comme pour l’enquêtrice déchirée entre son métier et ses devoirs familiaux. Je ne vous parle pas de la copine de Niamh, la pauvre lesbienne qui tombe, bien sûr, amoureuse d’une hétéro ! Si on ajoute à ce cocktail la présence d’un grand couturier forcément gay et pervers, c’est complet !

Mais c’est un beau voyage aux Hébrides, quand même ! Et l’écriture est belle, de cet auteur écossais qui vit maintenant dans le Lot. Né à Glasgow, il rêvait de devenir écrivain. Il fut journaliste, producteur et scénariste pour la télévision britannique. Il écrit en anglais, traduit ici par Ariane Bataille.

Peter May connaît la musique. Il indique lui-même, dans ce roman, le morceau qui convient : une chanson triste, interprétée par le groupe « Sleeping at last », que nos héros écoutaient, amoureux : « I’ll keep you Safe » (Je te protégerai), jouée à plein volume, note unique tenue par les cordes, piano et harpe, chorus répété, obsédant, et la voix pure du chanteur Ryan O’Neal.

 

Les fugueurs de Glasgow – Peter May

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Jack et Maurie avaient 17 ans en 1965. Pleins d’espoir de gloire, les voilà partis pour Londres. Ce sont eux ces fugueurs, qui, avec trois autres jeunes,  voulaient tenter leur chance, vivre de musique.

Londres, c’est alors la ville de tous les possibles. Je n’ai pas eu de peine à imaginer leur périple, avec dans leurs têtes rêves, espoirs et musique… Il y avait une fille, avec eux. Le voyage un peu fou commençait par une halte chez le Docteur Roberts, expert en pharmacopée adaptée aux musiciens voyageurs, utile en pareil cas… On comprend vite, au fil des pages, que l’équipée s’était terminée en tragédie.

Et voilà que cinquante années plus tard, dans le souvenir des Sixties Rugissantes, ils décident de refaire la même chose. Les cinq garçons dans le vent sont devenus un peu poussifs, rongés de désillusions, voire de remords. Maurie, atteint d’un cancer, qui veut régler ses comptes avant de casser sa pipe, Richie, Geek obèse, Dave, Luke, et Jack, qui oblige son petit fils Ricky à les accompagner pour, soit disant, lui offrir une leçon de vie (et surtout pour conduire la voiture !). Il menace, pour lui forcer la main de dire à ses parents ce qu’il fait sur le Net quand ils ont le dos tourné.

Ce roman très noir est en perpétuels allers et retours entre le voyage de 1965 er celui qui se passe en 2015. En arrière-plan de l’intrigue, l’auteur décrit l’ambiance psychédélique de la capitale britannique, si bien restituée que je me suis souvenue de ma propre errance londonienne, dans ces années-là, des expériences périlleuses de ma jeunesse, et peut-être, comme chacun des membres de la petite bande, de mes illusions désormais perdues.

On flippe un peu dans cet univers glauque, où le hasard nous mène jusqu’aux expériences psychiatriques en milieu ouvert, jusque dans la tristesse des gares abandonnées et des rails tordues, des couteaux qui brillent dans la nuit humide. Mais on croise les Beatles, Bob Dylan… Un peu comme dans « Les vieux de la vieille », (je rigole !… mais quand même), ce road-trip resserre les liens entre deux générations en se fondant sur les sentiments d’amitié et d’humanité. Une histoire qui m’a fait réfléchir sur la fuite du temps, sur les souvenirs de bonheur qu’on aurait dû retenir.

Le périple des vieux amis se termine sur la résolution de l’intrigue qui m’a un peu déçue, mais j’ai apprécié l’analyse de l’évolution de la société britannique, grâce au regard porté par Peter May qui la décrit si bien, entre banlieue grises et excitation londonienne.

 

J’ai choisi de vous faire écouter, pour accompagner ce récit, « Ticket to ride », de John Lennon et Paul McCartney, face B du 45 tours « Yes it is », enregistré en 1965 chez E.M.I. L’enregistrement que j’ai trouvé est un live, concert à Wembley, la même année.

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